La culture provençale ne se date presque pas tant qu'elle va de soi. Sur 33 dates, l'Antiquité en compte 5, le Moyen Âge une seule, l'Époque moderne 3, et l'époque contemporaine 24. Ce déséquilibre dit quelque chose du corpus lui-même : le provençal et ses lettres n'entrent dans les sources datées qu'à partir du moment où la langue est menacée, quand il devient nécessaire de la nommer, de la défendre ou de la mesurer, comme dans l'enquête Blanchet de 1990.
Cette carte porte donc, plus que les autres, la trace d'un silence : les siècles où le provençal n'a pas besoin d'être daté parce que personne ne le remet en question. Elle rassemble ensuite ce que les siècles récents ont dû dater pour le sauvegarder, jusqu'à la rénovation du Museon Frederi-Mistral en 2024.
vers -950 000
Plus ancienne occupation humaine attestée en Provence, à la grotte du Vallonnet, à Roquebrune : industrie de galets et restes de chasse
vers -600 000
Premiers feux entretenus, et peut-être allumés par l'homme, à la grotte de l'Escale à Saint-Estève-Janson, au début de la glaciation de Mindel
vers -400 000
Foyers remarquablement conservés de Terra Amata, à Nice, troisième grand gisement du Paléolithique inférieur provençal
vers -20 000
Peintures pariétales de la grotte Cosquer, à Cassis, découverte en 1991 : premier art connu de la Provence
Paléolithique supérieur
La Provence se distingue du reste de la France : le Solutréen est inconnu à l'est du Rhône et le Magdalénien ne franchit pas la Durance, tous deux remplacés par des industries locales
Néolithique
Plus anciennes preuves connues de la domestication du mouton, à Châteauneuf-lès-Martigues. Au Néolithique final apparaissent les sépultures mégalithiques, dont les hypogées d'Arles, et les premiers habitats perchés à enceinte
6 avant J.-C.
Fin de la pacification des confins alpestres, marquée par le trophée d'Auguste à La Turbie
813
Le Concile de Tours demande aux prêtres de prêcher en langue romane populaire, signe que le latin liturgique n'est plus compris du peuple
Xe-XIe siècle
Les locuteurs distinguent leur idiome quotidien du latin, devenu à leurs yeux une langue archaïque savante
1100-1300
Période d'activité des troubadours, dont Blanchet démontre que la langue écrite ne servait qu'à environ un pour cent de la population
XIIIe siècle
Les différences entre idiomes d'oc, déjà présentes, s'accentuent nettement dans la langue des chartes
1277
Ordonnance de Charles d'Anjou sur l'emploi du français dans les services de trésorerie du comté, restée sans effets
fin XIIIe siècle
La Vie de Sainte Douceline, œuvre religieuse en prose, compte parmi les rares écrits littéraires en idiome local de la période
XIVe siècle
Avec le déclin de la lyrique courtoise, l'écriture en idiome sûrement local apparaît dans les manuscrits conservés
XIVe-XVe siècles
C'est dans les chartes de cette période que la langue locale de Provence se lit le plus clairement à l'écrit
1409
Fondation de l'Université d'Aix
fin XVe siècle
Le français commence à apparaître spontanément dans les textes juridiques et administratifs, en Provence comme dans le Comtat
1490
Édit de Moulins de Charles VIII, ouvrant le processus de remplacement du latin par les idiomes modernes dans la justice du royaume
1530
Publication anonyme des Chansons du Carrateyron à Aix, exemple d'expression populaire en provençal
1533
Édit de Joinville de François Ier, préalable à l'édit d'Is-sur-Tille sur la langue des procès en Provence
1536
Édit d'Is-sur-Tille : les procès criminels de Provence doivent être faits en français « ou à tout le moins en vulgaire dudit pays », c'est-à-dire en provençal
août 1539
Ordonnance de Villers-Cotterêts : les actes de justice doivent désormais être rédigés en français et non en latin ; déclarée applicable à la Provence le 17 octobre suivant
13 juin 1543
Le conseil municipal de Saint-Tropez arrête en provençal une décision sur la défense de la ville contre les galères espagnoles
1557
Les preconizationes municipales de Toulon, écrites en latin en 1394, sont traduites en provençal par D. Balthazarem
1573
Installation de la première presse d'imprimerie de Provence, à Orange
1575
Jean de Nostredame publie en français les Vies des plus célèbres et anciens poètes provençaux
1595
Casaulx introduit l'imprimerie à Marseille, jusqu'alors tributaire d'Avignon et d'Aix, et y fait imprimer les *Obros et rimos provençalos* de Bellaud de la Bellaudière
milieu du XVIIe siècle
Disparition du provençal de l'écrit officiel
1679
Rénovation de l'Université d'Aix
1723
Publication du dictionnaire de langue provençale de Pellas
1747
Publication du dictionnaire de Puget
1774
Publication de la pièce judéo-comtadine La Reine Esther par deux rabins
1780
Publication du Voyage littéraire en Provence de Papon
1785
Publication du dictionnaire d'Achard
1787
Publication du Dictionnaire de la Provence et du Comtat Venaissin d'Achard
14 janvier 1790
Décret autorisant la traduction des décrets et lois dans les langues comprises par le peuple
1791
Le député aixois Charles-François Bouche publie une version provençale de la Constitution, rendue possible par le décret de 1790
1795 à 1800
Période que Blanchet, citant A. Brun, qualifie de la plus lamentable pour la distribution de l'enseignement élémentaire, faute de maîtres et de moyens
1803
Le mas du Juge, futur domaine familial des Mistral, devient propriété de la famille
8 septembre 1830
Naissance de Frédéric Mistral à Maillane
1852
Roumanille pose les premiers jalons de la graphie mistralienne en publiant Li Prouvençalo
1853
Introduction de La Part dóu Bon Diéu, qui perfectionne la graphie proposée par Roumanille
21 mai 1854
Fondation du Félibrige au château de Fontségugne par sept jeunes poètes : Frédéric Mistral, Joseph Roumanille, Théodore Aubanel, Jean Brunet, Paul Giéra, Anselme Mathieu et Alphonse Tavan
1855
Publication du premier Armana Prouvençau, almanach félibréen encore publié de nos jours
1859
Publication du poème Mirèio, qui donne à Mistral la célébrité
1876
Mistral devient le premier capoulié (président) du Félibrige, fonction qu'il occupe jusqu'en 1888
1880 à 1886
Mistral publie le Tresor dóu Felibrige, grand dictionnaire provençal-français, qui ne modifie la graphie que sur quelques points de détail
1882 à 1886
Mise en place de l'école laïque, gratuite et obligatoire de Jules Ferry, qui modifie en profondeur la structure socio-culturelle provençale
1896
Fondation du Museon Arlaten par Mistral, ouvert au public en 1899
1904
Frédéric Mistral obtient le prix Nobel de littérature et consacre le montant du prix au Museon Arlaten
25 mars 1914
Mort de Frédéric Mistral à Maillane
vers 1930
Le français s'étend à l'ensemble de la société provençale, la francisation se faisant du haut vers le bas entre 1830 et 1930 au rythme de la scolarisation
1932
Publication du Tresor dóu Felibrige, dictionnaire provençal-français de Mistral, chez Delagrave
1945 à 1950
Le contexte de l'après-guerre, affaire du XVe régiment et soupçons de collaboration pesant sur certains régionalismes, bloque la revendication régionale en France
11 janvier 1951
Loi Deixonne : première loi française autorisant l'enseignement facultatif de certaines langues régionales, dont les langues d'oc
1990
Enquête Blanchet : 25 pour cent des Provençaux parlent la langue à des degrés divers, dont 8 pour cent quotidiennement, et 40 pour cent la comprennent sans la parler
2006
Création du Conseil de l'Écrit Mistralien, organe interne du Félibrige, à l'initiative du majoral Bernard Giély
2014
Centenaire de la mort de Mistral : hommages en Provence et en Catalogne, commémoration nationale du ministère de la Culture
2024
Rénovation du Museon Frederi-Mistral et de son jardin, avec ajout d'une salle didactique