Chanson provençale

Un ange dòu cèu es vengu

Un ange du ciel est venu

Chanson n° 5 Nicolas Saboly, publié post mortem

Chanson n° 5 du recueil Réédition Fr. Seguin, 1856, n° 66 de Nicolas Saboly (dates inconnues), publié en publié post mortem. Nicolas Saboly mort en 1675, domaine public Graphie de la source : mistralienne, reproduite telle quelle.

Texte

Provençal
Un ange dòu cèu es vengu (bis) Que nous a toutes esmougu. (bis) Dessus nòstei mountagno, A di qu’anue dins Betelèn Un Diéu es na dessus lou fen, Dins la raso campagno. Me siéu d’abord mes en camin, En jougant de moun tambourin, E pan ! pan ! pan ! Patatin ! patatan ! Sènso cregne l’eigagno. Veici veni lou gros serpènt (bis) Vers l’estable de Betelèn (bis) Pèr troubla nosto fèsto ; Pastre, descendès eiçavau, Dounen sus aquest animau, Jouguen-li de soun rèsto ; Aro es lou tèms, o jamai noun, Que li fau douna d’un bastoun, E zòu ! zòu ! zòu ! Patati ! patatòu ! Esclapen-li la tèsto ! Eiçô’s aquéu vilèn Satan (bis) Qu’embrenè la raço d’Adam (bis) De la plus fino rougno ; Soun venin èro tan marrit Que nous avié toutei pourri, A nosto grand vergougno ; Pièisque nous a tan mautrata A noste tour lou fau grata. E zòu ! zòu ! zòu ! Patati ! patatòu ! Fen-li milo boudougno. Despièi mai de quatre milo an (bis) Es altera de noste sang, (bis) E chasque jour s’en lipo. A tan empli soun casaquin De car, de graisso e de sahin, Que la panso li estripo ! Sarié pecat de l’espargna, Eu que nous a tan sagagna. E zòu ! zòu ! zòu ! Patati ! patatòu ! Derraben-li lei tripo. Emé l’ajudo dòu bon Diéu, (bis) Lou fau escourtega tout viéu, (bis) Coume uno anguielo fino, E pièi chapoutaren sa chair, Plus menu que de caulet verd Que donon ei galino. Pastres, aco’s trop counsulta, Faudrié que fusse sagata, E zòu ! zòu ! zòu ! Patati ! patatòu ! Espeien-li l’esquino. De sa pèu faren un garrot, (bis) Pièi la pendoularen au cro (bis) De quauque bouticaire. Toutei lei gènt que passaran Diran : « Vequi lou gros Satan, Aquéu vilèn manjaire, Que pèr avé trop rousiga, Lei pastre l’an escourtega. » E zòu ! zòu ! zòu ! Patati ! patatòu ! Garden-nous de mau faire.
Français
Un ange du ciel est venu (bis) Qui nous a tous émus. (bis) Sur notre montagne, Il a dit que cette nuit dans Bethléem Un Dieu est né sur le foin, Dans la rase campagne. Je me suis d’abord mis en chemin, En jouant de mon tambourin, Et pan ! pan ! pan ! Patatin ! patatan ! Sans craindre la rosée du matin. Voici venir le gros serpent (bis) Vers l’étable de Bethléem (bis) Pour troubler notre fête ; Pâtres, descendez ici-bas, Donnez sur cet animal, Jouons-lui de son reste ; C'est maintenant le temps, ou jamais, Qu'il lui faut donner du bâton, Et zou ! zou ! zou ! Patati ! patatou ! Fendons-lui la tête ! Ceci, c'est ce vilain Satan (bis) Qui souilla la race d'Adam (bis) De la plus fine gale ; Son venin était si mauvais Qu'il nous avait tous pourris, À notre grande honte ; Puisqu'il nous a tant maltraités À notre tour il faut le gratter. Et zou ! zou ! zou ! Patati ! patatou ! Faisons-lui mille bosses. Depuis plus de quatre mille ans (bis) Il s'est désaltéré de notre sang, (bis) Et chaque jour il s'en pourlèche. Il a tant empli son ventre De chair, de graisse et de saindoux, Que sa panse s'en éventre ! Ce serait péché de l'épargner, Lui qui nous a tant malmenés. Et zou ! zou ! zou ! Patati ! patatou ! Arrachons-lui les tripes. Avec l'aide du bon Dieu, (bis) Il faut l'écorcher tout vif, (bis) Comme une anguille fine, Et puis nous hacherons sa chair, Plus menu que du chou vert Qu'on donne aux poules. Pâtres, ceci est trop délibérer, Il faudrait qu'il soit égorgé, Et zou ! zou ! zou ! Patati ! patatou ! Écorchons-lui l'échine. De sa peau nous ferons une enseigne, (bis) Puis nous la pendrons au croc (bis) De quelque apothicaire. Tous les gens qui passeront Diront : « Voici le gros Satan, Ce vilain goinfre, Qui pour avoir trop grignoté, Les pâtres l'ont écorché. » Et zou ! zou ! zou ! Patati ! patatou ! Gardons-nous de mal faire.

Notice

Ce nouvè d'allure guerrière et burlesque met en scène des bergers qui, avertis par un ange de la naissance du Fils de Dieu, se lancent dans une chasse au « gros serpent », figure de Satan venu troubler la fête de Bethléem. Chaque couplet appelle à châtier l'animal avec une verve comique croissante (l'écorcher, le hacher, en faire une enseigne de boucher), sur un ton de réjouissance villageoise plutôt que de gravité religieuse. Ce nouvè a été publié après la mort de Nicolas Saboly.

Mots notables

ProvençalFrançais
boudougnobosse, contusion, coup
esclapafendre, briser
escourtegaécorcher
garrotjarret de porc ou de mouton, enseigne de boucher
casaquinbuste, corsage ; ici, ventre

Source : Nicolas Saboly, Réédition Fr. Seguin, 1856, n° 66, publié post mortem, chanson n° 5. Domaine public. Numérisation : http://mtcn.free.fr/lyrics/un-ange-dou-ceu-es-vengu-un-ange-du-ciel-est-venu.php?lng=fr. Transcription et mise en forme par Lingua Nostra.