Chanson provençale

SERENADOS

Sérénades

Chanson n° 46 Damase Arbaud, 1862

Chanson n° 46 du recueil Chants populaires de la Provence de Damase Arbaud (1814-1876), publié en 1862. Domaine public. Le texte est donné dans la graphie d'Arbaud, antérieure à la normalisation félibréenne : elle est reproduite telle quelle, sans correction.

Texte

Provençal
Belo, vous represente la faligouro Sabetz qu'el' es bel' en tout' houro, Encaro mai quand es flourido, Vous amarai touto ma vido. Belo, vous represente lou boutoun d'or, N'en siatz belo coum' un tresor Coum' un tresor de gentilesso, Vous prendriou ben per ma mestresso. Belo, vous represente la pampo de roure, Que trop longtemps m'avetz fach courre; Ai tant courru et courrerai, Belo, qu'à la fin vous aurai. Belo, vous represente lou baricot Que n'es un aubre ben pichot, Mai eou serie ben fier, pecaire, Seriatz la nouero de moun paire. Belo, vous represente la viouleto, Siatz dins moun couer touto soulelo, Mai per iou serie doulourous Se dins vouestre couer n'y avie dous. Belo, vous represente lou mentastre, Prenetz-me ion, prenguetz pa 'n pastre, Un pastre sente l'enguent, Preneiz-me iou que sente ren. Vous represente lou roumaniou Que lou matin vous lou culhiou, Et que lou souar vous lou pourtave Per vous prouvar que vous amae ; Mai, belo, se m'amatz pas iou Rendetz-me moun gai roumaniou. Belo, vous represente la pampo de vigno, Que quand fai vent elo reguigno; Fan trop ansin vouestres amours, Belo, quand siou aupres de vous. Belo, vous represente la redouerlo, L'y a cinq couquins à vouestro pouerlo, N'y a d'eici, n'y a d'eilà, Anetz au diable caregnar. Jou vous represente l'ouvtigo, Belo, seretz plus moun amigo, Vese qu'avetz iron de pounchoun. Marideiz-vous-em' un candoun. Belo, vous represente la berigouro Arvelz un pau trop grosso gouro, Ren que per la bourrar de pan Me mangeariaiz tout moun gazan. Belo, vous represente Ja chaussigo, Sembletz uno ross' esbahido, Coustariatz mai à revenir Qu'un marrit ai à 'ntretenir. Belo, vous represente lou caulet Que quand fai vent accampo set, Ansin fai vouestre caregnaire, Eici à vouestro pouerto, pecaire. Belo, aqueou que vous a canlat, Deman matin vous lou dira, Et se vous lou poudie pas dire Doou beou plus luenc se meltr' à rire.
Français
Belle, je vous représente la sarriette, Vous savez qu'elle est belle à toute heure, Encore plus quand elle est fleurie, Je vous aimerai toute ma vie. Belle, je vous représente le bouton d'or, Vous en êtes belle comme un trésor, Comme un trésor de gentillesse, Je vous prendrais bien pour ma maîtresse. Belle, je vous représente la feuille de chêne, Qui trop longtemps m'avez fait courir; J'ai tant couru et je courrai encore, Belle, qu'à la fin je vous aurai. Belle, je vous représente le petit baril, Qui n'est qu'un arbre bien petit, Mais lui serait bien fier, pauvre de moi, Vous seriez la bru de mon père. Belle, je vous représente la violette, Vous êtes dans mon cœur toute seule, Mais pour moi ce serait douloureux Si dans votre cœur il y en avait deux. Belle, je vous représente la menthe sauvage, Prenez-moi moi, ne prenez pas un pâtre, Un pâtre sent l'onguent, Prenez-moi moi qui ne sens rien. Je vous représente le romarin Que le matin je vous cueillais, Et que le soir je vous apportais Pour vous prouver que je vous aimais; Mais, belle, si vous ne m'aimez pas moi, Rendez-moi mon gai romarin. Belle, je vous représente la feuille de vigne, Qui quand il fait du vent regimbe; Font trop ainsi vos amours, Belle, quand je suis auprès de vous. Belle, je vous représente la ruelle, Il y a cinq coquins à votre porte, Il y en a d'ici, il y en a de là, Allez au diable faire la cour. Moi je vous représente l'ortie, Belle, vous ne serez plus mon amie, Je vois que vous avez l'air pointu. Mariez-vous avec un chardon. Belle, je vous représente la bigarade, Vous avez un peu trop grosse bouche, Rien qu'à la bourrer de pain Vous me mangeriez tout mon gain. Belle, je vous représente la vieille chaussure, Vous ressemblez à une rosse effarée, Vous coûteriez plus cher à entretenir Qu'un mauvais âne à nourrir. Belle, je vous représente le chou, Qui quand il fait du vent amasse soif, Ainsi fait votre amoureux, Ici à votre porte, pauvre de lui. Belle, celui qui vous a courtisée, Demain matin vous le dira, Et s'il ne pouvait pas vous le dire Il ne s'en irait pas plus loin se mettre à rire.

Notice

Suite de couplets galants de sérénade où chaque strophe compare la femme aimée à une plante ou une fleur (sarriette, bouton d'or, feuille de chêne, violette, menthe sauvage, romarin, feuille de vigne, ortie, chou...) pour exprimer tour à tour la déclaration, l'espoir, le dépit ou la rupture. Arbaud rapproche ce procédé des sérénades italiennes et corses, des chants populaires grecs et roumains, et d'une pièce de Christine de Pisan, "Gieux à vendre". Il précise avoir classé ces couplets improvisés selon les phases d'une intrigue amoureuse, de la première déclaration jusqu'à la rupture, sans en écarter les couplets les plus rudes.

Mots notables

ProvençalFrançais
faligourosarriette (plante sauvage aromatique)
boutoun d'orbouton d'or, renoncule
mentastrementhe sauvage
roumaniouromarin
redouerloruelle, venelle
cauletchou

Source : Damase Arbaud, Chants populaires de la Provence, 1862, chanson n° 46. Domaine public. Numérisation : https://archive.org/details/chantspopulaire00arbagoog. Transcription et mise en forme par Lingua Nostra.