Chanson provençale

ROUMANCO DE CLOTILDO

Romance de Clotilde

Chanson n° 17 Damase Arbaud, 1862

Chanson n° 17 du recueil Chants populaires de la Provence de Damase Arbaud (1814-1876), publié en 1862. Domaine public. Le texte est donné dans la graphie d'Arbaud, antérieure à la normalisation félibréenne : elle est reproduite telle quelle, sans correction.

Texte

Provençal
N'en sount tres fraires, N'ant qu'uno souer' à maridar, L'ant maridado, Cinquanto legos luenc d'eici; Li ant douna ’n homme, Lou plus mechant d’aqueou pays. L'a tant batudo, Em’ un bastoun de vert-bouisset, Soun sang li couero Jusqu'au bout de ses blancs talouns, Et lou li paro Em’ uno tasso de loutoun : — Tenetz, salopo, V'aquit lou vin que n'en beuretz; — Moun ami Pierre, Buvelz lou vous, iou n'ai pas set. — Ài’no camiso, Jou la voudriou anar lavar ? — Anelz, calopo, Avisetz-vous de trop restar ! Doou temps que lavo Tres cavaliers n’a vist venir Que li ressembloun, Ses tres fraires dedins Paris. Ello s'eatouorno, N'en ven averiir soun mark : — Moun ami Pierre, Tres cavaliers n'ai sisi venir, Que me ressembloun, Mes tres fraires dedins Paris. — Ma mio Jeanno, Prenetz les.claus de moun casteou, V'anarelz mettro Tout ce que.n’avetz de plus beou. N'en pren l’escoube Eb s'es mess’ à escoubar. Doou temps qu'escoube, Ses tres fraires sount arrivats: — Digatz, servaato, Ount’ es la demo doou easleou ? — Siou la sertanto Eme la damo doou casteou. — Ma souere Jeanno Ount' a passat vouestro beoutat ? — Los cops de vergos; Les cops de bastoun ant levad’ t — Ma boueno souere, Ount’ es anat voucstire marit ? — Es ana ’n casso, N'en tardara pas de venir. N'es p'ana-'n casse Ses tres chins blancs n'en sount aquit. Ma boueno souere, Düneiz-nous toutes vouestres claus. Clavoun, desclavoun, À la plus hauto l’ant trouvat. Lou premier qu’ intro Mai se l’a pas augear toucar ; Lou segound qu’ intro Mai se n’a pas mai angear far ; Lou darnier qu’ intro Em’ un poignard l’a poignardat. — Moun fraire Antoino, Aguelz pietat de ses enfants. — Prendrem les mendres Et vous Jaissarem lou plus grand, Et la filheto La metrem dedins un couvent.
Français
Ils sont trois frères, Ils n'ont qu'une sœur à marier, Ils l'ont mariée, Cinquante lieues loin d'ici ; Ils lui ont donné un mari, Le plus méchant de ce pays. Il l'a tant battue, Avec un bâton de buis vert, Son sang coulait Jusqu'au bout de ses talons blancs, Et il le lui recueille Avec une tasse de laiton : - Tenez, salope, Voici le vin que vous en boirez ; - Mon ami Pierre, Buvez-le vous-même, moi je n'ai pas soif. - J'ai une chemise, Je voudrais aller la laver ? - Allez, coquine, Prenez garde de trop rester ! Pendant qu'elle lave Trois cavaliers elle a vu venir, Qui lui ressemblent, Ses trois frères venus de Paris. Elle s'en retourne, Elle en vient avertir son mari : - Mon ami Pierre, Trois cavaliers j'ai vu venir, Qui me ressemblent, Mes trois frères venus de Paris. - Ma mie Jeanne, Prenez les clefs de mon château, Vous irez mettre Tout ce que vous avez de plus beau. Elle prend le balai Et se met à balayer. Pendant qu'elle balaie, Ses trois frères sont arrivés : - Dites, servante, Où est la dame du château ? - Je suis la servante Avec la dame du château. - Ma sœur Jeanne, Où est passée votre beauté ? - Les coups de verges, Les coups de bâton l'ont enlevée. - Ma bonne sœur, Où est allé votre mari ? - Il est allé à la chasse, Il ne tardera pas à venir. Il n'est pas allé à la chasse, Ses trois chiens blancs n'y sont pas avec lui. Ma bonne sœur, Donnez-nous toutes vos clefs. Ils ouvrent, ils déverrouillent, Dans la plus haute ils l'ont trouvée. Le premier qui entre N'ose pourtant pas la toucher ; Le second qui entre N'ose pas non plus lui faire de mal ; Le dernier qui entre D'un poignard l'a poignardée. - Mon frère Antoine, Ayez pitié de ses enfants. - Nous prendrons les plus jeunes Et nous vous laisserons le plus grand, Et la fillette Nous la mettrons dans un couvent.

Écouter

Notice

Cette romance dramatique raconte le sort d'une jeune femme mariée loin des siens à un mari cruel qui la bat jusqu'au sang. Ses trois frères, venus de Paris, la retrouvent réduite au rang de servante dans son propre château et découvrent les marques de ses coups. Le mari surprend leur venue et poignarde sa femme avant qu'ils ne puissent la sauver, et les frères se partagent alors la garde de ses enfants. Le texte, très abîmé par la numérisation, appartient au genre de la complainte ou romance tragique fréquente dans le répertoire provençal.

Mots notables

ProvençalFrançais
souer'sœur
casteouchâteau
escoubarbalayer
poignardatpoignardé(e)
servaatoservante
vert-bouissetbuis vert

Source : Damase Arbaud, Chants populaires de la Provence, 1862, chanson n° 17. Domaine public. Numérisation : https://archive.org/details/chantspopulaire00arbagoog. Transcription et mise en forme par Lingua Nostra.