Chanson provençale

MARIO MADALENO

Marie Madeleine

Chanson n° 14 Damase Arbaud, 1862

Chanson n° 14 du recueil Chants populaires de la Provence de Damase Arbaud (1814-1876), publié en 1862. Domaine public. Le texte est donné dans la graphie d'Arbaud, antérieure à la normalisation félibréenne : elle est reproduite telle quelle, sans correction.

Texte

Provençal
Mario Madaleno, La pauro peccairitz, S'en vai, de pouert’ en pouerto, Cercar Diou Jesus-Christ. Pass’ à-n-uno capelo . Jesus l'y ero dedins, Doou ped piqu” à la pouerto : — Jesus, venetz durbir. Sant Jean di à Sant Peyre: Regardo qu es aquit ; — Es Marie Madaleno La pauro peccairitz. — Mario Madaleno Eici que venes far ? — Seignour Diou, moun bouen paire, Me vene counfessar. — Ah! digo, Madaleno, Ah ! digo tes peccats ; — N'ai tant fach et fa faire Les pourriou pas noumbrar; La terro que me pouerlo Me deurie plus pourtar, La vill’ ounte siou nado Se deurie proufoundar. — Sept ans souto la baumo Te foudr’ ana’ estar. Au bout de sept anneios Jesus-Christ l'y a passat. — Mario Madateno, De que tu n'as viscut ? — Deracinos sauvageos Et n’ai pas toujou’ agut; — Mario Madaleno, De qu'aiguo n'as begut ? — N'es d’aiguo trebourado. Et n'ai pas toujou’ agut. Seignour Diou, mouen bouen paire, Mes mans voudriou lavar; Jesus piqu’ à la roco, D'aiguo n’en a rajat. — Ai! belo man blanqueto, Blanco coumo lou lach : Fresco coumo la roso, Qu t'a vistet te vei! — Mario Madaleno, Tournes dins lou peccat, Sept ans às resta ’n baumo, Sept ans l'y tournaras. — Seignour Diou, moun bouen paire Coumo pourrai l'y ‘star ?: — Ta souere. Santo Martho T'anara counsoular ; La blanco coaloumbelo Te pourlar’ à dinar, Et les auceous que pitoun T'anaran abeurar. — Seignour Diou, moun bouen paire, Me l'y fetz plus tournar, Des larmos de mes uelhs Les mans me lavarai, Des larmos de mes uelhs Les peds vous lavarai, Des chevus de ma testo Vous les eissugarai.
Français
Marie Madeleine, La pauvre pécheresse, S'en va, de porte en porte, Chercher Dieu Jésus-Christ. Elle passe devant une chapelle. Jésus était là dedans, Du pied elle frappe à la porte : - Jésus, venez ouvrir. Saint Jean dit à saint Pierre : Regarde qui est là ; - C'est Marie Madeleine, La pauvre pécheresse. - Marie Madeleine, Ici que viens-tu faire ? - Seigneur Dieu, mon bon père, Je viens me confesser. - Ah ! dis, Madeleine, Ah ! dis tes péchés ; - J'en ai tant fait et fait faire Que je ne pourrais pas les compter ; La terre qui me porte Ne devrait plus me porter, La ville où je suis née Devrait s'effondrer. - Sept ans sous la grotte Il te faudra aller demeurer. Au bout de sept années Jésus-Christ y est passé. - Marie Madeleine, De quoi as-tu vécu ? - De racines sauvages, Et je n'en ai pas toujours eu ; - Marie Madeleine, Quelle eau as-tu bue ? - C'est de l'eau trouble, Et je n'en ai pas toujours eu. Seigneur Dieu, mon bon père, Mes mains je voudrais laver ; Jésus frappe à la roche, De l'eau en a coulé. - Ah ! belle main blanchette, Blanche comme le lait, Fraîche comme la rose, Qui t'a vue, te voit encore ! - Marie Madeleine, Tu retournes dans le péché, Sept ans tu es restée en la grotte, Sept ans tu y retourneras. - Seigneur Dieu, mon bon père, Comment pourrai-je y rester ? - Ta sœur sainte Marthe T'ira consoler ; La blanche colombelle T'apportera à dîner, Et les oiseaux qui picorent T'iront abreuver. - Seigneur Dieu, mon bon père, Ne m'y faites plus retourner, Avec les larmes de mes yeux Les mains je me laverai, Avec les larmes de mes yeux Les pieds je vous laverai, Avec les cheveux de ma tête Je vous les essuierai.

Notice

Cette légende hagiographique met en scène Marie Madeleine, pécheresse repentie, partant chercher Jésus-Christ de porte en porte pour se confesser. Après sa confession, elle doit passer sept années dans une grotte, se nourrissant de racines sauvages et d'eau trouble, avant que Jésus ne la retrouve et ne fasse jaillir de l'eau claire du rocher pour laver ses mains. Craignant de retomber dans le péché, elle est condamnée à sept nouvelles années d'ermitage, adoucies par le secours de sainte Marthe et des oiseaux du ciel, avant de proposer de laver les pieds du Seigneur avec ses larmes. Arbaud note que la mélodie de cette légende se chante sur l'air du Baron Saint-Alexis, autre légende hagiographique du répertoire provençal.

Mots notables

ProvençalFrançais
peccairitzpécheresse
baumogrotte
deracinosracines
trebouradotrouble (eau)
coaloumbelopetite colombe
pitounpicorent

Source : Damase Arbaud, Chants populaires de la Provence, 1862, chanson n° 14. Domaine public. Numérisation : https://archive.org/details/chantspopulaire00arbagoog. Transcription et mise en forme par Lingua Nostra.