Provençal
Mario Madaleno,
La pauro peccairitz,
S'en vai, de pouert’ en pouerto,
Cercar Diou Jesus-Christ.
Pass’ à-n-uno capelo .
Jesus l'y ero dedins,
Doou ped piqu” à la pouerto :
— Jesus, venetz durbir.
Sant Jean di à Sant Peyre:
Regardo qu es aquit ;
— Es Marie Madaleno
La pauro peccairitz.
— Mario Madaleno
Eici que venes far ?
— Seignour Diou, moun bouen paire,
Me vene counfessar.
— Ah! digo, Madaleno,
Ah ! digo tes peccats ;
— N'ai tant fach et fa faire
Les pourriou pas noumbrar;
La terro que me pouerlo
Me deurie plus pourtar,
La vill’ ounte siou nado
Se deurie proufoundar.
— Sept ans souto la baumo
Te foudr’ ana’ estar.
Au bout de sept anneios
Jesus-Christ l'y a passat.
— Mario Madateno,
De que tu n'as viscut ?
— Deracinos sauvageos
Et n’ai pas toujou’ agut;
— Mario Madaleno,
De qu'aiguo n'as begut ?
— N'es d’aiguo trebourado.
Et n'ai pas toujou’ agut.
Seignour Diou, mouen bouen paire,
Mes mans voudriou lavar;
Jesus piqu’ à la roco,
D'aiguo n’en a rajat.
— Ai! belo man blanqueto,
Blanco coumo lou lach :
Fresco coumo la roso,
Qu t'a vistet te vei!
— Mario Madaleno,
Tournes dins lou peccat,
Sept ans às resta ’n baumo,
Sept ans l'y tournaras.
— Seignour Diou, moun bouen paire
Coumo pourrai l'y ‘star ?:
— Ta souere. Santo Martho
T'anara counsoular ;
La blanco coaloumbelo
Te pourlar’ à dinar,
Et les auceous que pitoun
T'anaran abeurar.
— Seignour Diou, moun bouen paire,
Me l'y fetz plus tournar,
Des larmos de mes uelhs
Les mans me lavarai,
Des larmos de mes uelhs
Les peds vous lavarai,
Des chevus de ma testo
Vous les eissugarai.
Français
Marie Madeleine,
La pauvre pécheresse,
S'en va, de porte en porte,
Chercher Dieu Jésus-Christ.
Elle passe devant une chapelle.
Jésus était là dedans,
Du pied elle frappe à la porte :
- Jésus, venez ouvrir.
Saint Jean dit à saint Pierre :
Regarde qui est là ;
- C'est Marie Madeleine,
La pauvre pécheresse.
- Marie Madeleine,
Ici que viens-tu faire ?
- Seigneur Dieu, mon bon père,
Je viens me confesser.
- Ah ! dis, Madeleine,
Ah ! dis tes péchés ;
- J'en ai tant fait et fait faire
Que je ne pourrais pas les compter ;
La terre qui me porte
Ne devrait plus me porter,
La ville où je suis née
Devrait s'effondrer.
- Sept ans sous la grotte
Il te faudra aller demeurer.
Au bout de sept années
Jésus-Christ y est passé.
- Marie Madeleine,
De quoi as-tu vécu ?
- De racines sauvages,
Et je n'en ai pas toujours eu ;
- Marie Madeleine,
Quelle eau as-tu bue ?
- C'est de l'eau trouble,
Et je n'en ai pas toujours eu.
Seigneur Dieu, mon bon père,
Mes mains je voudrais laver ;
Jésus frappe à la roche,
De l'eau en a coulé.
- Ah ! belle main blanchette,
Blanche comme le lait,
Fraîche comme la rose,
Qui t'a vue, te voit encore !
- Marie Madeleine,
Tu retournes dans le péché,
Sept ans tu es restée en la grotte,
Sept ans tu y retourneras.
- Seigneur Dieu, mon bon père,
Comment pourrai-je y rester ?
- Ta sœur sainte Marthe
T'ira consoler ;
La blanche colombelle
T'apportera à dîner,
Et les oiseaux qui picorent
T'iront abreuver.
- Seigneur Dieu, mon bon père,
Ne m'y faites plus retourner,
Avec les larmes de mes yeux
Les mains je me laverai,
Avec les larmes de mes yeux
Les pieds je vous laverai,
Avec les cheveux de ma tête
Je vous les essuierai.