Chanson provençale

Magali

Magali

Chanson n° 2 Frédéric Mistral, 1859

Chanson n° 2 du recueil Mirèio, chant III de Frédéric Mistral (dates inconnues), publié en 1859. Frédéric Mistral mort en 1914 ; domaine public depuis 1985 (70 ans après sa mort). Mirèio publiée en 1859. Graphie de la source : mistralienne, reproduite telle quelle.

Texte

Provençal
O Magali, ma tant amado, Mete la tèsto au fenestroun ! Escouto un pau aquesto aubado De tambourin e de vióuloun. Èi plen d'estello, aperamount ! L'auro es toumbado, Mai lis estello paliran, Quand te veiran ! — Pas mai que dóu murmur di broundo De toun aubado iéu fau cas ! Mai iéu m'envau dins la mar bloundo Me faire anguielo de roucas. — O Magali ! se tu te fas Lou pèis de l'oundo, Iéu, lou pescaire me farai Te pescarai ! — Oh ! mai, se tu te fas pescaire, Ti vertoulet quand jitaras, Iéu me farai l'aucèu voulaire, M'envoularai dins li campas. — O Magali, se tu te fas L'aucèu de l'aire, Iéu lou cassaire me farai, Te cassarai. — I perdigau, i bouscarido, Se vènes, tu, cala ti las, Iéu me farai l'erbo flourido E m'escoundrai dins li pradas. — O Magali, se tu te fas La margarido, Iéu l'aigo lindo me farai, T'arrousarai. — Se tu te fas l'aigueto lindo, Iéu me farai lou nivoulas, E lèu m'enanarai ansindo À l'Americo, perabas ! — O Magali, se tu t'envas Alin is Indo, L'auro de mar iéu me farai, Te pourlarai ! — Se tu te fas la marinado, Iéu fugirai d'un autre las : Iéu me farai l'escandihado Dóu grand soulèu que found lou glas ! — O Magali, se tu te fas La souleiado, Lou verd limbert iéu me farai, E te béurai ! — Se tu te rèndes l'alabreno Que se rescound dins lou bertas, Iéu me rendrai la luno pleno Que dins la niue fai lume i masc ! — O Magali, se tu fas Luno sereno, Iéu bello neblo me farai, T'acatarai. — Mai se la nèblo m'enmantello, Tu, pèr acò, noun me tendras ; Iéu, bello roso vierginello, M'espandirai dins l'espiuas ! — O Magali, se tu te fas La roso bello, Lou parpaioun iéu me farai, Te beisarai. — Vai, calignaire, courre, courre ! Jamai, jamai m'agantaras. Iéu, de la rusco d'un grand roure Me vestirai dins lou bouscas. — O Magali, se tu te fas L'aubre di moure, Iéu lou clot d'èurre me farai, T'embrassarai ! — Se me vos prene à la brasseto, Rèn qu'un vièi chaine arraparas... Iéu me farai blanco moungeto Dóu mounastié dóu grand Sant Blas ! — O Magali, se tu te fas Mounjo blanqueto, Iéu, capelan, counfessarai, E t'ausirai ! — Se dóu couvènt passes li porto, Tóuti li mounjo trouvaras Qu'à moun entour saran pèr orlo, Car en susàri me veiras ! — O Magali, se tu te fas La pauro morto, Adounc la terro me farai, Aqui t'aurai ! — Aro coumence enfin de crèire Que noun me parles en risènt : Vaqui moun aneloun de vèire Pèr souvenènço, o bèu jouvènt ! — O Magali, me fas de bèn !... Mai, tre te vèire, Ve lis estello, o Magali, Coume an pali !
Français
Ô Magali, ma tant aimée, Mets la tête à la fenêtre ! Écoute un peu cette aubade De tambourin et de violon. C'est plein d'étoiles, là-haut ! La brise est tombée, Mais les étoiles pâliront, Quand elles te verront ! — Pas plus que du murmure des branches De ton aubade, moi, je ne fais cas ! Mais moi je m'en vais dans la mer blonde Me faire anguille des rochers. — Ô Magali ! si toi tu te fais Le poisson de l'onde, Moi, le pêcheur je me ferai, Je te pêcherai ! — Oh ! mais, si toi tu te fais pêcheur, Tes filets quand tu jetteras, Moi je me ferai l'oiseau volant, Je m'envolerai dans les campagnes. — Ô Magali, si toi tu te fais L'oiseau de l'air, Moi le chasseur je me ferai, Je te chasserai. — Aux perdrix, aux fourrés, Si tu viens, toi, tendre tes lacs, Moi je me ferai l'herbe fleurie Et je me cacherai dans les prés. — Ô Magali, si toi tu te fais La marguerite, Moi l'eau limpide je me ferai, Je t'arroserai. — Si toi tu te fais l'eau claire, Moi je me ferai le gros nuage, Et bientôt je m'en irai ainsi Jusqu'en Amérique, là-bas ! — Ô Magali, si toi tu t'en vas Là-bas aux Indes, Le vent de mer moi je me ferai, Je te porterai ! — Si toi tu te fais la brise marine, Moi je fuirai d'un autre côté : Moi je me ferai l'éclat brûlant Du grand soleil qui fond la glace ! — Ô Magali, si toi tu te fais L'ensoleillement, Le lézard vert moi je me ferai, Et je te boirai ! — Si toi tu te rends la salamandre Qui se cache dans les broussailles, Moi je me rendrai la lune pleine Qui dans la nuit éclaire les sorciers ! — Ô Magali, si toi tu te fais Lune sereine, Moi belle brume je me ferai, Je te couvrirai. — Mais si la brume m'enveloppe, Toi, pour cela, tu ne me tiendras pas ; Moi, belle rose virginale, Je m'épanouirai dans les épines ! — Ô Magali, si toi tu te fais La belle rose, Le papillon moi je me ferai, Je te baiserai. — Va, galant, cours, cours ! Jamais, jamais tu ne m'attraperas. Moi, de l'écorce d'un grand chêne Je me vêtirai dans le bois. — Ô Magali, si toi tu te fais L'arbre des monts, Moi le lierre enlacé je me ferai, Je t'embrasserai ! — Si tu veux me prendre à bras-le-corps, Rien qu'un vieux chêne tu saisiras... Moi je me ferai blanche nonnette Du monastère du grand Saint-Blaise ! — Ô Magali, si toi tu te fais Nonne blanchette, Moi, curé, je confesserai, Et je t'entendrai ! — Si du couvent tu passes les portes, Toutes les nonnes tu trouveras Qui autour de moi seront en cortège, Car en linceul tu me verras ! — Ô Magali, si toi tu te fais La pauvre morte, Alors la terre moi je me ferai, Là je t'aurai ! — À présent je commence enfin à croire Que tu ne me parles pas en riant : Voici mon petit anneau de verre En souvenir, ô bel amoureux ! — Ô Magali, tu me fais du bien !... Mais, à peine te vois-je, Vois les étoiles, ô Magali, Comme elles ont pâli !

Écouter

Notice

Magali est le chant d'amour le plus célèbre de Mirèio, l'épopée provençale de Frédéric Mistral publiée en 1859. Dans le chant III, la vieille Noro le chante aux jeunes filles réunies pour l'effeuillage des cocons de vers à soie. Un jeune homme presse la belle Magali de ses assiduités ; elle se dérobe en se métamorphosant tour à tour en poisson, oiseau, fleur, nuage, puis nonne, tandis que lui la poursuit en prenant chaque fois la forme complémentaire, jusqu'à ce qu'elle cède, touchée par sa constance. Cette structure de poursuite métamorphique appartient à un très ancien fonds de chanson populaire, que Mistral reprend et met en vers mistraliens. Le texte suivi ici est celui de l'édition de 1861 ; le poème Mirèio paraît pour la première fois en 1859.

Mots notables

ProvençalFrançais
calignairegalant, amoureux qui courtise
anguieloanguille
vertouletfilet de pêche
margaridomarguerite
alabrenosalamandre, lézard des murailles
susàrilinceul

Source : Frédéric Mistral, Mirèio, chant III, 1859, chanson n° 2. Domaine public. Numérisation : https://wikisource.org/wiki/Mir%C3%A8io/Cant_III. Transcription et mise en forme par Lingua Nostra.