Chanson provençale

LOU MOULIN DE VÈNT

Le Moulin à vent

Chanson n° 3 Charloun Rieu, 1897 Timbre : La Cigogne et le Renard

Chanson n° 3 du recueil Li Cant dóu terraire de Charloun Rieu (1846-1924), publié en 1897. Domaine public en France depuis 1995.

Texte

Provençal
Dedins noste païs avèn subre la colo Un vièi moulin de vènt Que l’auro ié counvèn ; Entre que li calour an seca li regolo. Lou móunié ‘mé, soun fiéu I’é trèvon dins l’estiéu ; Lou guidoun, quand dins lis èr tremolo, Senso mai espera, Lou van faire vira. Lou drole jouine e fort.jusqu’i couide s’estroupo, Agante lou barroun Qu’es vers lou fenestroun ; A vira la capoucho emé vigour se groupo : La vòu metre de biais Pèr faire proun travai : - Enca’n pau ! prenen lou vènt en poupo ! Ansin disié lou vièi Que saup ço que n’en èi. - Despacho-te, moun fiéu, mounto sus li enteno ; E sènso perdre alen, Fau metre velo en plen ; Escouto un pau lou vènt que dins lis éuso aleno ; Segur aquesto niue Noun pourren plega l’iue ; Lou travai, que noun te fague peno : I’a proun qu’avèn rèn fa, Laisso lou vènt boufa. Iéu m’envau d’aquest pas pèr blouca la courrejo : Finirai d’enchapla Pèr miéus trissa lou blad ; Pièi pausarai d’aploumb la pèiro toujour frejo ; Sabes que nous n’en coui, Quand roto sus soun moui. Tron de goi ! Lou chaland que pounchejo ! De blad n’adu ‘n sestié, Camino voulountié. - Bon-jour, bràvi mounié ! Veniéu faire farino : Ai vist d’aperalin Vira voste moulin. Se vous fasiéu pas mai, n’ai enca sièis eimino ; Se lou bon Diéu lou vòu, Lis adurrai dijòu. Mis enfant - amount fan tristo mino, Avèn plus gens de pan, Nous fau couire deman ! - Subran li gai móunié van empli l’entremueio Despènjon lou caiau, La man sus l’agüiau ; Fasènt son pichot trin, se trufon de la plueio Autant que di mourven Que i’a long di devens ; Se la som - quauco fes li enueio, En estènt en repaus Tubon lou cachimbau.
Français
Dans notre pays nous avons sur la colline un vieux moulin à vent que le vent favorise ; dès que les chaleurs ont séché les rigoles. Le meunier, avec son fils, le fréquentent durant l'été ; la girouette, quand elle tremble dans les airs, sans attendre davantage, ils vont le faire tourner. Le gars, jeune et fort, retrousse ses manches jusqu'aux coudes, il empoigne le levier qui est près de la lucarne ; il se prépare avec vigueur à tourner la calotte : il veut la mettre dans le bon sens pour faire bien du travail : - Encore un peu ! prenons le vent en poupe ! ainsi disait le vieux qui sait ce qu'il en est. - Dépêche-toi, mon fils, monte sur les vergues ; et sans perdre haleine, il faut mettre la voile au plein ; écoute un peu le vent qui souffle dans les yeuses ; sûrement cette nuit nous ne pourrons fermer l'œil ; que le travail ne te fasse pas de peine : il y a bien longtemps que nous n'avons rien fait, laisse le vent souffler. Moi je m'en vais de ce pas bloquer la courroie : je finirai de rhabiller la meule pour mieux broyer le blé ; puis je poserai d'aplomb la pierre toujours froide ; tu sais qu'elle nous cuit, quand elle tourne sur son moyeu. Tonnerre de joie ! Voilà le client qui pointe ! il en apporte un setier de blé, il chemine de bon cœur. - Bonjour, braves meuniers ! Je venais faire de la farine : j'ai vu de loin tourner votre moulin. Si je ne vous en faisais pas plus, j'en ai encore six hémines ; si le bon Dieu le veut, je les apporterai jeudi. Mes enfants, là-haut, font triste mine, nous n'avons plus du tout de pain, il nous faut cuire demain ! - Aussitôt les meuniers joyeux vont remplir la trémie ils décrochent le caillou, la main sur l'aiguillon ; faisant leur petit bruit, ils se moquent de la pluie tout autant que des genévriers de Phénicie qu'il y a le long des défens ; si parfois le sommeil les ennuie, étant en repos, ils fument la pipe.

Notice

Deux meuniers, un vieil homme et son fils, actionnent leur moulin à vent au sommet d'une colline dès que le vent se lève, dans le langage marin des voiles et des vergues. Un client arrive avec son setier de blé, pressé par la faim de ses enfants, et les meuniers travaillent gaiement jusqu'à fumer la pipe une fois le repos venu. Le timbre « La Cigogne et le Renard » annonce un air enlevé, presque fabuliste, pour cette scène de labeur joyeux.

Mots notables

ProvençalFrançais
guidoungirouette
capouchocapuce, calotte mobile du moulin
entremueiotrémie
cachimbaupipe, calumet
mourvengenévrier de Phénicie
devensdéfens, terrain réservé
eiminohémine, mesure de grain

Source : Charloun Rieu, Li Cant dóu terraire, 1897, chanson n° 3. Domaine public. Numérisation : https://biblio.cieldoc.com/libre/integral/libr0278.pdf. Transcription et mise en forme par Lingua Nostra.