Provençal
Dedins noste païs avèn subre la colo
Un vièi moulin de vènt
Que l’auro ié counvèn ;
Entre que li calour an seca li regolo.
Lou móunié ‘mé, soun fiéu
I’é trèvon dins l’estiéu ;
Lou guidoun, quand dins lis èr tremolo,
Senso mai espera,
Lou van faire vira.
Lou drole jouine e fort.jusqu’i couide s’estroupo,
Agante lou barroun
Qu’es vers lou fenestroun ;
A vira la capoucho emé vigour se groupo :
La vòu metre de biais
Pèr faire proun travai :
- Enca’n pau ! prenen lou vènt en poupo !
Ansin disié lou vièi
Que saup ço que n’en èi.
- Despacho-te, moun fiéu, mounto sus li enteno ;
E sènso perdre alen,
Fau metre velo en plen ;
Escouto un pau lou vènt que dins lis éuso aleno ;
Segur aquesto niue
Noun pourren plega l’iue ;
Lou travai, que noun te fague peno :
I’a proun qu’avèn rèn fa,
Laisso lou vènt boufa.
Iéu m’envau d’aquest pas pèr blouca la courrejo :
Finirai d’enchapla
Pèr miéus trissa lou blad ;
Pièi pausarai d’aploumb la pèiro toujour frejo ;
Sabes que nous n’en coui,
Quand roto sus soun moui.
Tron de goi ! Lou chaland que pounchejo !
De blad n’adu ‘n sestié,
Camino voulountié.
- Bon-jour, bràvi mounié ! Veniéu faire farino :
Ai vist d’aperalin
Vira voste moulin.
Se vous fasiéu pas mai, n’ai enca sièis eimino ;
Se lou bon Diéu lou vòu,
Lis adurrai dijòu.
Mis enfant - amount fan tristo mino,
Avèn plus gens de pan,
Nous fau couire deman ! -
Subran li gai móunié van empli l’entremueio
Despènjon lou caiau,
La man sus l’agüiau ;
Fasènt son pichot trin, se trufon de la plueio
Autant que di mourven
Que i’a long di devens ;
Se la som - quauco fes li enueio,
En estènt en repaus
Tubon lou cachimbau.
Français
Dans notre pays nous avons sur la colline
un vieux moulin à vent
que le vent favorise ;
dès que les chaleurs ont séché les rigoles.
Le meunier, avec son fils,
le fréquentent durant l'été ;
la girouette, quand elle tremble dans les airs,
sans attendre davantage,
ils vont le faire tourner.
Le gars, jeune et fort, retrousse ses manches jusqu'aux coudes,
il empoigne le levier
qui est près de la lucarne ;
il se prépare avec vigueur à tourner la calotte :
il veut la mettre dans le bon sens
pour faire bien du travail :
- Encore un peu ! prenons le vent en poupe !
ainsi disait le vieux
qui sait ce qu'il en est.
- Dépêche-toi, mon fils, monte sur les vergues ;
et sans perdre haleine,
il faut mettre la voile au plein ;
écoute un peu le vent qui souffle dans les yeuses ;
sûrement cette nuit
nous ne pourrons fermer l'œil ;
que le travail ne te fasse pas de peine :
il y a bien longtemps que nous n'avons rien fait,
laisse le vent souffler.
Moi je m'en vais de ce pas bloquer la courroie :
je finirai de rhabiller la meule
pour mieux broyer le blé ;
puis je poserai d'aplomb la pierre toujours froide ;
tu sais qu'elle nous cuit,
quand elle tourne sur son moyeu.
Tonnerre de joie ! Voilà le client qui pointe !
il en apporte un setier de blé,
il chemine de bon cœur.
- Bonjour, braves meuniers ! Je venais faire de la farine :
j'ai vu de loin
tourner votre moulin.
Si je ne vous en faisais pas plus, j'en ai encore six hémines ;
si le bon Dieu le veut,
je les apporterai jeudi.
Mes enfants, là-haut, font triste mine,
nous n'avons plus du tout de pain,
il nous faut cuire demain ! -
Aussitôt les meuniers joyeux vont remplir la trémie
ils décrochent le caillou,
la main sur l'aiguillon ;
faisant leur petit bruit, ils se moquent de la pluie
tout autant que des genévriers de Phénicie
qu'il y a le long des défens ;
si parfois le sommeil les ennuie,
étant en repos,
ils fument la pipe.