Chanson n° 12 du recueil Chants populaires de la Provence de Damase Arbaud (1814-1876), publié en 1862. Domaine public. Le texte est donné dans la graphie d'Arbaud, antérieure à la normalisation félibréenne : elle est reproduite telle quelle, sans correction.
Texte
Provençal
La maire de Diou plouro
Dessus ses blancs ginous,
Soun cher fiou Hi demando :
Ma mero qu'avetz-vous ?
— Jou n'en ploure des paures
Que n'en moueroun de fam.
— Plouretz pas plus, ma maire,
Les riches li daran.
Un pau d'oumoin', ô riche,
Au noum de Jesus-Christ ;
— Lou bouen Diou vous assiste
De pan iou n'en ai gis.
— Donnetz me les briguetos
Que vous toumboun davant ;
— Les briguetos que toumboun
N'en soun per mes chins blancs.
Dedins la quinzenado
Eou n'en ven a mourir,
Doou ped piqu' à la pouerto
Doou Seignour Jesus-Christ.
Sant Jéan di à Sant Peyre :
Regardo qu es aqui ;
— N'en es lou marri riche,
Voou intra 'n Paradis.
— Alors tu dounc demando
Ce qu'a fa' à soun pays,
S'a fach l'oumoin' es paures
Vesti les maus vesiits,
— Ai pas fach l'oumoin' es paures
Vesti les maus vestits ;
Mai se iou retournave
En aqueou plan pays,
N'en caussariou les paures
N'en vestiriou les nuds.
— Lou fourie far quand l'y eres
Mai aro l'y sies plus.
Prend lou, trai lou es oundos
Es oundos de l'Infer.
— Hail paure iou ! sur terro
N'en ai pas proun souffert ;
Aviou couissin de plumo,
Mataras de velours,
Aro n'en ai un rouge
Que brulo nuech et jour.
Se d'aqueou marri riche
Vouretz p'aver lou sort,
Douneiz l'oumoin' es paures ;
À l'houro de la mort.
L'oumoino qu'auretz facho
Coumptara davant Dioy
Mai qu'un' autro bouen' obro,
Fouguessiatz-ti judiou.
Français
La mère de Dieu pleure
Sur ses genoux blancs,
Son cher fils lui demande :
Ma mère, qu'avez vous ?
Je pleure sur les pauvres
Qui meurent de faim.
Ne pleurez plus, ma mère,
Les riches leur donneront.
Un peu d'aumône, ô riche,
Au nom de Jésus Christ ;
Que le bon Dieu vous assiste
De pain je n'en ai point.
Donnez moi les miettes
Qui tombent devant vous ;
Les miettes qui tombent
Sont pour mes chiens blancs.
Dans la quinzaine
Il en vient à mourir,
Du pied il frappe à la porte
Du Seigneur Jésus Christ.
Saint Jean dit à Saint Pierre :
Regarde qui est là ;
C'est le mauvais riche,
Il veut entrer en Paradis.
Alors demande lui donc
Ce qu'il a fait dans son pays,
S'il a fait l'aumône aux pauvres,
Vêtu les mal vêtus,
Je n'ai pas fait l'aumône aux pauvres
Vêtu les mal vêtus ;
Mais si je retournais
Dans ce même pays,
Je chausserais les pauvres
Je vêtirais les nus.
Il fallait le faire quand tu y étais
Mais maintenant tu n'y es plus.
Prends le, jette le dans les ondes
Les ondes de l'Enfer.
Hélas, pauvre moi ! sur terre
Je n'ai pas assez souffert ;
J'avais un coussin de plume,
Un matelas de velours,
Maintenant j'en ai un rouge
Qui brûle nuit et jour.
Si de ce mauvais riche
Vous voulez ne pas avoir le sort,
Donnez l'aumône aux pauvres ;
À l'heure de la mort.
L'aumône que vous aurez faite
Comptera devant Dieu
Plus qu'une autre bonne oeuvre,
Fussiez vous juif.
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Notice
Cette complainte reprend la parabole évangélique du mauvais riche et du pauvre Lazare. La Vierge pleure sur les pauvres qui meurent de faim tandis qu'un riche refuse l'aumône et ne donne que les miettes tombées de sa table à ses chiens. À sa mort, le riche se présente au Paradis, mais Saint Pierre, sur l'ordre de Saint Jean, l'interroge sur ses œuvres et le condamne aux flammes de l'enfer pour n'avoir pas secouru les pauvres. La chanson se referme sur un avertissement moral invitant à faire l'aumône à l'heure de la mort.
Source : Damase Arbaud, Chants populaires de la Provence, 1862,
chanson n° 12. Domaine public. Numérisation :
https://archive.org/details/chantspopulaire00arbagoog. Transcription et mise en forme par Lingua Nostra.