Provençal
Eilavau l'y a 'n jardinier
Qu'a no tant bclo filho,
Jouino, lisqueto,
Belo coumo lou jour,
N'en sount tres capitanis
Tous tres li fan la cour.
Se lou plus jouine des tres
Per un souar la vai veire,
La pren, l'empouerto
Dessus soun chivau gris,
À Paris l'a menado
Dedins un beou lougis.
Quand eles soun arribats
L'houstesso li demando :
Diguetz, la belo,
Diguetz senso mentir,
Se siatz eici par forço
Ou per vouestre plesir ?
Siou pa' eici per moun plesir,
N'en siou eici par forço,
Li dis, Phoustesso,
Me voudriou retournar,
Per counsoular moun pero
Que me deou tant cercar.
— La belo vous plouretz pas
Reveiretz vouestre pero,
Vaquit d'un' aiguo
Per vous fair' avanir,
Farelz tres jours la mouerto
Senso pas revenir.
Lou souar venoun per soypar
Les tres beous capitanis:
Mangetz, la belo,
Mangetz vouestr' appetit,
Eme tres capitanis
Esto nuech fau dourmir.
N'ant pas plus leou di-t-aquot
La belo toumbo mouerto;
N'en toumbo mouerto,
Senso plus revenir ;
Que malhur, capitanis,
Que nous arriv' aqyit !
Se lou plus jouine des tres
S'en vai trouvar l'houstesso :
Diguetz, l'houstesso,
Diguetz senso mentir,
Se ma mignoun' es mouerto
Ou se fai que dourmir ?
Alors li a respoundu
L'houstesso tout' en larmos :
Foussiatz-lo v'autres
Tous tres ensevelits,
Coumo la bel' es mouerto
Eici dins moun lougis.
Se lou plus jouine des tres
N'en tiro sa bourseto :
Tenetz, l'houstesso,
Prenetz aquest' argent,
Se la mignoun' es mouerto
Faretz l'entarrament.
— Ounite la fau entarrar ?
— Au jardin de soun pero,
Souto d'un auhre
Cubert de jaussemins,
Afin que sa bel' amo
Gagne lou Paradis.
Au bout de tres jours apres
Soun pero se proumeno :
Durbetz ma toumbo
Moun pero, se vous pla,
Ai fach tres jours la mouerto
Per moun hounour gardar.
Français
Là-bas il y a un jardinier
Qui a une si belle fille,
Jeune, gracieuse,
Belle comme le jour,
Trois capitaines
Tous les trois lui font la cour.
Si le plus jeune des trois
Un soir va la voir,
Il la prend, l'emporte
Sur son cheval gris,
Il l'a menée à Paris
Dans un beau logis.
Quand ils sont arrivés
L'hôtesse lui demande :
Dites, la belle,
Dites sans mentir,
Êtes-vous ici par force
Ou par votre plaisir ?
Je ne suis pas ici par mon plaisir,
J'y suis par force,
Dit-elle à l'hôtesse,
Je voudrais retourner,
Pour consoler mon père
Qui doit tant me chercher.
La belle, ne pleurez pas
Vous reverrez votre père,
Voici de l'eau
Pour vous faire évanouir,
Vous ferez trois jours la morte
Sans revenir.
Le soir viennent souper
Les trois beaux capitaines :
Mangez, la belle,
Mangez votre appétit,
Avec trois capitaines
Cette nuit il vous faut dormir.
N'ont pas plus tôt dit cela
Que la belle tombe morte;
Elle en tombe morte,
Sans plus revenir ;
Quel malheur, capitaines,
Qui nous arrive là !
Si le plus jeune des trois
S'en va trouver l'hôtesse :
Dites, l'hôtesse,
Dites sans mentir,
Ma mignonne est-elle morte
Ou fait-elle que dormir ?
Alors elle lui a répondu
L'hôtesse toute en larmes :
Fussiez-vous, vous autres,
Tous les trois ensevelis,
Comme la belle est morte
Ici dans mon logis.
Si le plus jeune des trois
En tire sa bourse :
Tenez, l'hôtesse,
Prenez cet argent,
Si la mignonne est morte
Vous ferez l'enterrement.
Où faut-il l'enterrer ?
Au jardin de son père,
Sous un arbre
Couvert de jasmins,
Afin que sa belle âme
Gagne le Paradis.
Au bout de trois jours après
Son père se promène :
Ouvrez ma tombe
Mon père, s'il vous plaît,
J'ai fait trois jours la morte
Pour garder mon honneur.