Chanson provençale

LES GRACIS DES MEISSOUNIERS

Les grâces des moissonneurs

Chanson n° 1 Damase Arbaud, 1862

Chanson n° 1 du recueil Chants populaires de la Provence de Damase Arbaud (1814-1876), publié en 1862. Domaine public. Le texte est donné dans la graphie d'Arbaud, antérieure à la normalisation félibréenne : elle est reproduite telle quelle, sans correction.

Texte

Provençal
Lou premier en prencipi Que Jesus-Christ a fach, Jesu' à crea lou ciel, Lou ciel et mai la terro, Pais a crea Adam Et nouestro maire Evo. Quand Diou a crea Adam L'a mes dins soun jardin, L'a mes dins soun jardin Au Jardin des Ooulivos, Puis li a defendu Lou noble fruit de vido. Satan ven tentar Evo Et nouestre pair' Adam : — Adam mangeo doou fruit Que n'es tant admirable, Et tu ressemblaras Au verai Diou semblable. Adam n'en prend la poumo N'en mouerde un mouceou, L'angi li a pareissut Li a dit : que penses fairo, Passes les coumandaments Doou verai Diou toun pero. Adam per ta grand faut Tu vendras a mourir, Tu vendras a mourir Faran ta sepulturo, De ta bouco sourtran Tres aubres d'avanturo. Aqui l'y aura fa palmo Et l'autre l'ooucypres Et l'autre l'ooulivier, D'ounte la crous s'es fæito, Ount' ant crucifiat Lou verai Diou toun maitro. Adam per ta grand fauto Anaras per pays, Anaras per pays Cercar ta pauro vido, Perqu'as vougu mangear Doou noble fruit de vido. Au plus haut des mountagnos Dessus d'un grand coulet, Dessus d'un grand coulet Ount' ant fach lou Calvero, Ount' ant crucifiat Lou verai Diou toun pero. La Santo Viergi Mero Li vai apres plourant, Mai se li a dit : moun Fiou! Li a dit : plet-il, ma Mero, Fau mourir sur la crous Per oubei' à moun Pero. Aquestes gracis sount dichos Au noum doou Per', au noum doou Fils, Que touto la coumpagnio Rende graci a Jesus-Christ ; Adourem devotomént Jesu' eme Mario. Adourem devotoment Jesu' et lou Sant Sacrament. Grand ben fass'à nouestre mestre A nouestro mestress' aussi, Que touto la coumpagnio Rende graci à Jesus-Christ : Vous demandem ben excuso Vous demandem ben pardoun, Se leissem quauques espigos S'apprend ben es cadelouns. Avertirem nouestre mestre Que fasse de bouens taillouns, Et se la mestresso groundo Que li doune doou bastoun. Aro n'en serie ben juste N'en serie ben de resoun, Que nous fessiatz un pau boiro Coumo n'en ven d'oou canoun. Adourem devotoment Jesu eme Mario, Adourem devotoment Jesu et lou Sant Sacrament.
Français
Le premier, au commencement, Que Jésus-Christ a fait, Jésus a créé le ciel, Le ciel et aussi la terre, Puis il a créé Adam Et notre mère Ève. Quand Dieu a créé Adam Il l'a mis dans son jardin, Il l'a mis dans son jardin Au Jardin des Oliviers, Puis il lui a défendu Le noble fruit de vie. Satan vient tenter Ève Et notre père Adam : Adam, mange du fruit Qui est si admirable, Et tu ressembleras Au vrai Dieu, tu lui seras semblable. Adam en prend la pomme Il en mord un morceau, L'ange lui est apparu Il lui a dit : que penses-tu faire, Tu transgresses les commandements Du vrai Dieu, ton père. Adam, pour ta grande faute Tu viendras à mourir, Tu viendras à mourir On fera ta sépulture, De ta bouche sortiront Trois arbres d'aventure. Là il y aura le palmier Et l'autre le cyprès Et l'autre l'olivier, D'où la croix a été faite, Où l'on a crucifié Le vrai Dieu, ton maître. Adam, pour ta grande faute Tu iras par les pays, Tu iras par les pays Chercher ta pauvre vie, Parce que tu as voulu manger Du noble fruit de vie. Au plus haut des montagnes Sur une grande colline, Sur une grande colline Où l'on a fait le Calvaire, Où l'on a crucifié Le vrai Dieu, ton père. La Sainte Vierge Mère Va après lui en pleurant, Mais il lui a dit : mon Fils ! Elle lui a dit : qu'y a-t-il, ma Mère, Il faut mourir sur la croix Pour obéir à mon Père. Ces grâces sont dites Au nom du Père, au nom du Fils, Que toute la compagnie Rende grâce à Jésus-Christ ; Adorons dévotement Jésus et Marie. Adorons dévotement Jésus et le Saint Sacrement. Grand bien fasse à notre maître À notre maîtresse aussi, Que toute la compagnie Rende grâce à Jésus-Christ : Nous vous demandons bien excuse Nous vous demandons bien pardon, Si nous laissons quelques épis S'il en reste bien dans les javelles. Nous avertirons notre maître Qu'il fasse de bonnes tranches de pain, Et si la maîtresse gronde Qu'on lui donne du bâton. Maintenant il serait bien juste Il en serait bien de raison, Que vous nous fassiez boire un peu Comme il en vient du tonneau. Adorons dévotement Jésus et Marie, Adorons dévotement Jésus et le Saint Sacrement.

Écouter

Notice

Cette grâce se chantait au terme du repas des moissonneurs, réunis autour du maître et de la maîtresse de la ferme. Elle retrace d'abord, en vers narratifs, la création du monde, la faute d'Adam et Ève au Jardin des Oliviers et la Passion du Christ sur le Calvaire, avant de se transformer en formule de remerciement et d'excuse adressée aux maîtres pour les épis laissés au champ. Le genre est celui de la chanson de métier à caractère religieux, propre aux travaux des champs. Arbaud indique que cette pièce lui a été communiquée par M. Martini.

Mots notables

ProvençalFrançais
gracisgrâces (prière dite avant ou après le repas)
espigosépis
cadelounsjavelles, petites gerbes laissées au champ
taillounstranches de pain
couletcolline, coteau
mestressomaîtresse (de la ferme)

Source : Damase Arbaud, Chants populaires de la Provence, 1862, chanson n° 1. Domaine public. Numérisation : https://archive.org/details/chantspopulaire00arbagoog. Transcription et mise en forme par Lingua Nostra.