Chanson provençale

LES FIEROUES

Les quenouilles

Chanson n° 37 Damase Arbaud, 1862

Chanson n° 37 du recueil Chants populaires de la Provence de Damase Arbaud (1814-1876), publié en 1862. Domaine public. Le texte est donné dans la graphie d'Arbaud, antérieure à la normalisation félibréenne : elle est reproduite telle quelle, sans correction.

Texte

Provençal
Jouinesso venetz escoutar Uno cansoun que n'avem fach, Entre lou fus et la fieroue Rendoun les fremos paressoues, Ant souvent la mer' en fierant N'en toumboun lou fus de la man. Examinetz nouestre fanau À Jou gau que li vai pas mau, La candelo que l'y a dedins Escleirara nouestre camin, Se s'amoussav' anarie mau Tañit voudrié gitar Jou fanau. Avem tous de belos fieroues, Saunt longos, van de poup' à proue, Lous fus qu'a gis de mouscouroun Empacho pas que siegue boun, Empougnetz lou, es aboundous, Car d'un soulet n'en fariatz dous. Les fieroues et les cascaveous Es tout ce qu'avem de plus beou, Les cascaveous n'en sount mignouns, L'escan nous serve de blestoun, Se lou blestoun n'én ven pas ben Lou fenirem à l'an que ven. Bravos fremos d'aquest quartier, Aduseiz-nous tous vouestre pie, Proufitez d'aquesl' ouccasien Per faire vouestro prouvisien, Lou fierem fin coumo lou lin Les courdiers lou fan pas plus fin. Tout' ar' avem tout repassat Doou trissoun avem pas parlat, Et n'y a fouesso que se l'avien Eme plesir s'en sarvirien, N'autres de poou de l'oublidar L'avem toujours pendu' au cousfat.
Français
Jeunesse, venez écouter Une chanson que nous avons faite, Entre le fuseau et la quenouille Rendent les femmes paresseuses, Tant souvent la mère, en filant, En laisse tomber le fuseau de la main. Examinez notre fanal, Au foyer où il ne va pas mal, La chandelle qui s'y trouve dedans Éclairera notre chemin, Si elle s'éteignait, cela irait mal, Il faudrait presque jeter le fanal. Nous avons tous de belles quenouilles, Elles sont longues, elles vont de poupe à proue, Les fuseaux qui n'ont pas de défaut N'empêchent pas qu'ils soient bons, Empoignez-le, il est abondant, Car d'un seul vous en feriez deux. Les quenouilles et les grelots C'est tout ce que nous avons de plus beau, Les grelots en sont mignons, Le fuseau à main nous sert de bâton, Si le fuseau à main ne file pas bien Nous le finirons l'année qui vient. Braves femmes de ce quartier, Apportez-nous tous votre étoupe, Profitez de cette occasion Pour faire votre provision, Nous le filerons fin comme le lin, Les cordiers ne le font pas plus fin. Maintenant nous avons tout repassé, Du teilloir à chanvre nous n'avons pas parlé, Et il y en a beaucoup qui, s'ils l'avaient, S'en serviraient avec plaisir, Nous autres, de peur de l'oublier, L'avons toujours pendu à notre côté.

Écouter

Notice

Chanson de métier des fileuses, chantée en veillée autour du fuseau et de la quenouille. Elle décrit les outils du filage (fuseau, quenouille, escan, grelots) et s'adresse aux femmes du quartier pour les inviter à apporter leur étoupe et profiter du travail collectif. Le ton est enjoué, mêlant fierté du métier et plaisanteries sur les paresseuses qui laissent tomber leur fuseau.

Mots notables

ProvençalFrançais
fierouequenouille
fusfuseau
cascaveousgrelots
blestounfuseau à main, petit instrument de filage
trissounteilloir, outil pour broyer le chanvre
cousfatcôté, flanc (à la ceinture)

Source : Damase Arbaud, Chants populaires de la Provence, 1862, chanson n° 37. Domaine public. Numérisation : https://archive.org/details/chantspopulaire00arbagoog. Transcription et mise en forme par Lingua Nostra.