Provençal
N'es Guilhem de Beauvoire
Que se voou maridar,
La pren tant jouveneto,
Se saup pas courdelar.
La pren tant Jouvenelo,
Se saup pas courdelar.
Au bout de cinq semanos
À Ja guerr' es anat.
A sa dono de mero
La vai recoumandar :
— Vous recoumande, mero,
De li ren faire far ;
La fetz pas an’ à l'aiguo,
Ni fierer, ni pastar,
Mandetz-la à la messo,
Fasetz-la ben dinar,
Eme les autros damos
Mandetz-la proumenar.
Au bout de cinq semanos
Les pouercs li a fach gardar.
S'en vai sur la mountagno
Et s'es mess’ à cantar.
De tant que cantavo
Fai resclantir la mar.
Et Guilhem de Beauvotre
Qu'es de delà la mar :
— Semblarie qu’es ma fremo
Que s’es mess’ à cantar ?
Oh! pagi, moun beou pagi,
La fau anar trouvar ;
Mete la sello rougeo,
Les estrious argentats ;
Jou passarai par {erro,
Tu passaras par mar.
À traversat mountagnos,
Mountagnos et la mar.
— Digalz, la pourcheirelo,
Me fariatz pas goustar ?
— Ai que de pan d'avaino :
À-n-un cruveog passat,
Et de trempo pourrido ;
Mes pouercs L'ant refusad’.
— Digatz, la pourcheireto,
Vous voudriaiz retirar ?
— Mes sept fuayos de soyo
Soun encar”’ à fierar,
Et moun fagot de verno
Es encar' à coupar.
Desranco soun. espelo
Soun fagot li.a coupat.
— Digatz, la pourchelrelos,
Qu me relirara ?
— Anatz veire l’houstesso,
Que vous retirara.
— Bounsoir. damo l'houslessa,
Me voudriatz retirar ?
— Dins uno belo chambro
lou vous farai couchar.
— Digatz,. damo l'houstessa,
L'y a degun per soupar ?
— L'y a que la pourcheirala
Que vau pas l'esperar,
— Fau que sie pas graud'cao
Se vau pas l’esperar.
Venetz, la poñrcheireto,
Venetz-vous dount spüpar:
En se mettent à tauro,
Elo fai que plourar.
— Qu'avetz, la pourcheireto,
Que fetz ren que plourar ?
— L'y a sept ans qu'à la tauro
Jou n’en ai plus soupat.
— Digatz, damo l'houstesso,
L'y a degun per couchar ?
— L'ya que la pourcheirelo,
Se la vouretz menar ?
Eou la pren et l’'embrasso,
Em’ eou la fai mountar.
Doou liech à la fenestro
Elo se vai gitar:
— 0 Guilhem de Beauvoire,
Que sies delà Ja mar,
Se Diou te faila graci
De pousquer retournar,
Ta cruelo de mero
M'a ben abandounat.
— Oh! taisetz-vous, madamo,
Siou ce que desiratz.
— Ah! mounstretz-me la baguo
Que jou vous ai dounat.
Quand ven la matinado,
Lou jour per se levar ;
— Levo-te, pourcheireto,
Les pouercs vene gardar,
Sount darrier la gamato
Que fan ren que renar.
— Anetz-ly vous, ma mero,
Que les a praun gardats ;
Se n'eriatz pas ma mero,
Vous fariou pendourar,
Mai coumo sistz ma mero,
Jou vou farai murar,
Entre les doues muralhos
L'aiguier l'y ralhara.
Français
C'est Guillaume de Beauvoire
Qui se veut marier,
Il la prend toute jeunette,
Elle ne sait pas filer.
Il la prend toute jeunette,
Elle ne sait pas filer.
Au bout de cinq semaines
À la guerre il est allé.
À sa dame mère
Il va la recommander :
- Je vous recommande, mère,
De ne lui rien faire faire ;
Ne la faites pas aller à l'eau,
Ni filer, ni pétrir,
Envoyez-la à la messe,
Faites-la bien dîner,
Avec les autres dames
Envoyez-la promener.
Au bout de cinq semaines
Elle lui fait garder les porcs.
Elle s'en va sur la montagne
Et se met à chanter.
Tant elle chantait
Qu'elle fait résonner la mer.
Et Guillaume de Beauvoire
Qui est par-delà la mer :
- Il semblerait que c'est ma femme
Qui s'est mise à chanter ?
Oh ! page, mon beau page,
Il la faut aller trouver ;
Mets la selle rouge,
Les étriers argentés ;
Je passerai par terre,
Toi tu passeras par mer.
Il a traversé montagnes,
Montagnes et la mer.
- Dites, la porchère,
Ne me feriez-vous pas goûter ?
- Je n'ai que du pain d'avoine,
Passé par un crible,
Et de la trempe pourrie ;
Mes porcs l'ont refusée.
- Dites, la porchère,
Voudriez-vous vous retirer ?
- Mes sept écheveaux de soie
Sont encore à filer,
Et mon fagot d'aulne
Est encore à couper.
Elle déracine sa serpe,
Son fagot elle a coupé.
- Dites, la porchère,
Qui vous retirera ?
- Allez voir l'hôtesse,
Elle vous retirera.
- Bonsoir, dame hôtesse,
Voudriez-vous me retirer ?
- Dans une belle chambre
Je vous ferai coucher.
- Dites, dame hôtesse,
Y a-t-il quelqu'un pour souper ?
- Il n'y a que la porchère
Qui ne va pas l'attendre,
- Il ne faut pas faire si grand cas
Si elle ne va pas l'attendre.
Venez, la porchère,
Venez donc souper :
En se mettant à table,
Elle ne fait que pleurer.
- Qu'avez-vous, la porchère,
Que vous ne faites que pleurer ?
- Il y a sept ans qu'à la table
Je n'ai plus soupé.
- Dites, dame hôtesse,
Y a-t-il quelqu'un pour coucher ?
- Il n'y a que la porchère,
Si vous voulez la mener ?
Il la prend et l'embrasse,
Avec lui il la fait monter.
Du lit à la fenêtre
Elle se va jeter :
- Ô Guillaume de Beauvoire,
Toi qui es par-delà la mer,
Si Dieu te fait la grâce
De pouvoir retourner,
Ta cruelle de mère
M'a bien abandonnée.
- Oh ! taisez-vous, madame,
Je suis celui que vous désirez.
- Ah ! montrez-moi la bague
Que je vous ai donnée.
Quand vient le matin,
Le jour pour se lever ;
- Lève-toi, porchère,
Les porcs viens garder,
Ils sont derrière la mangeoire
Qui ne font que grogner.
- Allez-y vous-même, ma mère,
Qui les a assez gardés ;
Si vous n'étiez pas ma mère,
Je vous ferais pendre,
Mais comme vous êtes ma mère,
Je vous ferai murer,
Entre les deux murailles
L'eau vous y noiera.