Provençal
Qu voou ausir les gauds coumplis,
La Viergi n'a perdut soun Fils.
La Viergi s'en vai per les champs,
Long doou camin trovo Sant Jean:
— Jean ! Jean, lou miou nebou,
Auriatz ren vist Nouestre Seignour ?
— Sifet ! l'ai vist lou bouen Jesus,
Viergi, lou couneisseriatz plus.
Et la bregado des Jusious,
D'aqueles que ronegoun Diou,
L'a tant battut, tant flagellat.
Viergi, lou couneisseriatz pas.
La Viergi dis à son nebou :
— Qu'es aqueou mouert sur une crous ?
— Viergi, vous lou couneisselz pas
Vouestre cher fiou qu'avetz pourtat.
La Viergi 'ntendent soun nebou,
Toumbo mouert' au ped de la Crous.
Sant Jean l'y 'st per la soustenir
Et les angis la revenir.
Sant Jean la poou pas soustenir
Ni les angis la revenir.
— Boueno Mero, relevatz-vous,
Vous dounarai un counductour,
Vous dounarai moun cousin Jean
Que vous fara dever d'enfant.
— Helas! moun Diou, qu'es doulouroux
De changea 'n fiou per un nebou!
Alors Jesus se reviret
D'un doux regard la counsoulet.
— Boueno mero, plouretz pas tant,
Vendrai lou jour doou Sato-Sant ;
Vendrai au jour doou jugement
Et les campanos sounaran ;
Sounaran tant pietousoment
Que les angis n'en tremblaran.
Se les angis devoun tremblar
Que faran les paures damnats!
Veici lou jour que fau mourir,
Fau rendre compt' à Jesus-Christ.
De rendre compt' aco n'es ren
Passo plus vite que lou vent.
Pregarem Diou et Sant Jause
Que nous preservoun de l'infer.
Dedins l'infer li siam ant mau
L'y a que des sers et des grapaux,
L'y a 'n limber tant verinous
Que nous tourmento nuech et jour.
Français
Qui veut entendre les grandes plaintes accomplies,
La Vierge a perdu son Fils.
La Vierge s'en va par les champs,
Le long du chemin trouve Saint Jean:
Jean ! Jean, mon neveu,
N'auriez vous rien vu de Notre Seigneur ?
Si fait ! j'ai vu le bon Jésus,
Vierge, vous ne le connaîtriez plus.
Et la troupe des Juifs,
De ceux qui renient Dieu,
L'ont tant battu, tant flagellé.
Vierge, vous ne le connaîtriez pas.
La Vierge dit à son neveu :
Qui est ce mort sur une croix ?
Vierge, vous ne le connaissez pas,
C'est votre cher fils que vous avez porté.
La Vierge entendant son neveu,
Tombe morte au pied de la Croix.
Saint Jean est là pour la soutenir
Et les anges la ranimer.
Saint Jean ne peut pas la soutenir
Ni les anges la ranimer.
Bonne Mère, relevez vous,
Je vous donnerai un guide,
Je vous donnerai mon cousin Jean
Qui vous tiendra lieu d'enfant.
Hélas ! mon Dieu, qu'il est douloureux
De changer un fils pour un neveu!
Alors Jésus se retourna
D'un doux regard la consola.
Bonne mère, ne pleurez pas tant,
Je viendrai le jour du Samedi Saint ;
Je viendrai au jour du jugement
Et les cloches sonneront ;
Elles sonneront si tristement
Que les anges en trembleront.
Si les anges doivent trembler
Que feront les pauvres damnés!
Voici le jour qu'il faut mourir,
Il faut rendre compte à Jésus Christ.
Rendre compte, ce n'est rien,
Cela passe plus vite que le vent.
Prions Dieu et Saint Joseph
Qu'ils nous préservent de l'enfer.
Dans l'enfer nous sommes bien mal,
Il n'y a que des serpents et des crapauds,
Il y a un serpent si venimeux
Qu'il nous tourmente nuit et jour.