Chanson provençale

LA PASSIEN DE NOUESTRE SEIGNOUR

La Passion de Notre Seigneur

Chanson n° 10 Damase Arbaud, 1862

Chanson n° 10 du recueil Chants populaires de la Provence de Damase Arbaud (1814-1876), publié en 1862. Domaine public. Le texte est donné dans la graphie d'Arbaud, antérieure à la normalisation félibréenne : elle est reproduite telle quelle, sans correction.

Texte

Provençal
Qu voou ausir les gauds coumplis, La Viergi n'a perdut soun Fils. La Viergi s'en vai per les champs, Long doou camin trovo Sant Jean: — Jean ! Jean, lou miou nebou, Auriatz ren vist Nouestre Seignour ? — Sifet ! l'ai vist lou bouen Jesus, Viergi, lou couneisseriatz plus. Et la bregado des Jusious, D'aqueles que ronegoun Diou, L'a tant battut, tant flagellat. Viergi, lou couneisseriatz pas. La Viergi dis à son nebou : — Qu'es aqueou mouert sur une crous ? — Viergi, vous lou couneisselz pas Vouestre cher fiou qu'avetz pourtat. La Viergi 'ntendent soun nebou, Toumbo mouert' au ped de la Crous. Sant Jean l'y 'st per la soustenir Et les angis la revenir. Sant Jean la poou pas soustenir Ni les angis la revenir. — Boueno Mero, relevatz-vous, Vous dounarai un counductour, Vous dounarai moun cousin Jean Que vous fara dever d'enfant. — Helas! moun Diou, qu'es doulouroux De changea 'n fiou per un nebou! Alors Jesus se reviret D'un doux regard la counsoulet. — Boueno mero, plouretz pas tant, Vendrai lou jour doou Sato-Sant ; Vendrai au jour doou jugement Et les campanos sounaran ; Sounaran tant pietousoment Que les angis n'en tremblaran. Se les angis devoun tremblar Que faran les paures damnats! Veici lou jour que fau mourir, Fau rendre compt' à Jesus-Christ. De rendre compt' aco n'es ren Passo plus vite que lou vent. Pregarem Diou et Sant Jause Que nous preservoun de l'infer. Dedins l'infer li siam ant mau L'y a que des sers et des grapaux, L'y a 'n limber tant verinous Que nous tourmento nuech et jour.
Français
Qui veut entendre les grandes plaintes accomplies, La Vierge a perdu son Fils. La Vierge s'en va par les champs, Le long du chemin trouve Saint Jean: Jean ! Jean, mon neveu, N'auriez vous rien vu de Notre Seigneur ? Si fait ! j'ai vu le bon Jésus, Vierge, vous ne le connaîtriez plus. Et la troupe des Juifs, De ceux qui renient Dieu, L'ont tant battu, tant flagellé. Vierge, vous ne le connaîtriez pas. La Vierge dit à son neveu : Qui est ce mort sur une croix ? Vierge, vous ne le connaissez pas, C'est votre cher fils que vous avez porté. La Vierge entendant son neveu, Tombe morte au pied de la Croix. Saint Jean est là pour la soutenir Et les anges la ranimer. Saint Jean ne peut pas la soutenir Ni les anges la ranimer. Bonne Mère, relevez vous, Je vous donnerai un guide, Je vous donnerai mon cousin Jean Qui vous tiendra lieu d'enfant. Hélas ! mon Dieu, qu'il est douloureux De changer un fils pour un neveu! Alors Jésus se retourna D'un doux regard la consola. Bonne mère, ne pleurez pas tant, Je viendrai le jour du Samedi Saint ; Je viendrai au jour du jugement Et les cloches sonneront ; Elles sonneront si tristement Que les anges en trembleront. Si les anges doivent trembler Que feront les pauvres damnés! Voici le jour qu'il faut mourir, Il faut rendre compte à Jésus Christ. Rendre compte, ce n'est rien, Cela passe plus vite que le vent. Prions Dieu et Saint Joseph Qu'ils nous préservent de l'enfer. Dans l'enfer nous sommes bien mal, Il n'y a que des serpents et des crapauds, Il y a un serpent si venimeux Qu'il nous tourmente nuit et jour.

Écouter

Notice

Cette complainte de la Passion prend la forme d'un dialogue entre la Vierge, en quête de son Fils, et Saint Jean, qui lui apprend le supplice puis la mort de Jésus sur la croix. La Vierge s'évanouit de douleur, Jésus lui apparaît et la console en promettant son retour au jour du jugement, tandis que la chanson évoque les tourments de l'enfer réservés aux damnés. Arbaud indique que la mélodie suit l'air de l'hymne latin Vexilla Regis.

Mots notables

ProvençalFrançais
nebouneveu
bregadotroupe, bande
flagellatflagellé
counductourguide, conducteur
limberserpent
grapauxcrapauds

Source : Damase Arbaud, Chants populaires de la Provence, 1862, chanson n° 10. Domaine public. Numérisation : https://archive.org/details/chantspopulaire00arbagoog. Transcription et mise en forme par Lingua Nostra.