Provençal
De-long di colo dis Aupiho
Quand toumbon flour lis argelas
E que lou vènt s’escarrabiho,
La chato alor laisso soun mas
Pèr ana dins lis óuliveto,
Blanchido enca de pouverin ;
Touto galoio e bèn braveto,
Pèr óuliva se bouto en trin.
Coume èro bello
L’óulivarello
Quihado sus soun cavalet !
Sa bello tèsto
E sa man lèsto
Bravon lou vènt emai la fre.
Au cavalet mounto e davalo
‘Mé soun panié renja de nòu :
Lou cacalucho de verdalo
Qu’en s’emplissènt dirias que plòu
Di baisso touti penjouleto,
Clafido d’aqué fru madur,
La chato dis sa cansouneto
Que mounto eilamount vers l’azur.
Tout en countuniant sa batudo
Fai atencioun en ço que fai ;
En óulivant es pa ‘smougudo,
Vòu faire ounour à soun travai,
En culissènt la pichoulino
Vo d’aquéli pèr lou moulin ;
Di becaru l’óulivo fino,
N’en vai empli soun gourbelin.
Mai lis óulivo berrugueto,
Tambèn aquéli di petous,
Noun soun pèr empli la caieto
Pèr-ço-que fan un òli dous.
S’envai cueie de redounalo,
Quand lou soulèu a davala ;
Dis aut bouissoun bèn à la calo,
Li trio pèr li pas mescla.
Pièi la journado estènt finido,
Vitamen vai à soun maset ;
Afranquis vau emai roumpido,
Sènso se plagne dóu biset.
Au mas, si gènt que se languisson
Soun asseta sus lou lindau ;
En la vesènt se rejouïsson,
Tout es countènt dintre l’oustau.
Coume èro bello
L’óulivarello
Quihado sus soun cavalet !
Sa bello tèsto
E sa man lesto
Bravon lou vènt emai la fre.
Français
Le long des collines des Alpilles
quand tombent les fleurs des ajoncs
et que le vent s'égaie,
la jeune fille alors quitte son mas
pour aller dans les oliveraies,
encore blanchie de gelée blanche ;
toute joyeuse et bien gentille,
pour cueillir les olives elle se met en train.
Comme elle était belle
la cueilleuse d'olives
perchée sur son échelle-chevalet !
Sa belle tête
et sa main agile
bravent le vent et le froid.
Sur l'échelle-chevalet elle monte et descend
avec son panier rangé à neuf :
le tas d'olives vertes
qui, en se remplissant, on dirait qu'il pleut
des branches basses toutes pendantes,
remplies de ce fruit mûr,
la jeune fille chante sa petite chanson
qui monte là-haut vers l'azur.
Tout en continuant sa cueillette
elle fait attention à ce qu'elle fait ;
en cueillant les olives elle n'est pas distraite,
elle veut faire honneur à son travail,
en cueillant la picholine
ou celles pour le moulin ;
des olives à bec, l'olive fine,
elle en va remplir son petit panier.
Mais les olives verruqueuses,
de même que celles gâtées,
ne sont pas pour remplir la caisse
parce qu'elles font une huile de moindre qualité.
Elle s'en va cueillir des olives rondes,
quand le soleil a baissé ;
des hauts buissons bien à l'abri,
elle les trie pour ne pas les mélanger.
Puis, la journée étant finie,
vite elle va à son petit mas ;
elle franchit vallée et novale,
sans se plaindre du vent frisquet.
Au mas, les siens qui languissent d'attendre
sont assis sur le seuil ;
en la voyant ils se réjouissent,
tout est content dans la maison.
Comme elle était belle
la cueilleuse d'olives
perchée sur son échelle-chevalet !
Sa belle tête
et sa main agile
bravent le vent et le froid.