Chanson provençale

L’ÓULIVARELLO

La Cueilleuse d'olives

Chanson n° 5 Charloun Rieu, 1897 Timbre : Délicieuse Créature

Chanson n° 5 du recueil Li Cant dóu terraire de Charloun Rieu (1846-1924), publié en 1897. Domaine public en France depuis 1995.

Texte

Provençal
De-long di colo dis Aupiho Quand toumbon flour lis argelas E que lou vènt s’escarrabiho, La chato alor laisso soun mas Pèr ana dins lis óuliveto, Blanchido enca de pouverin ; Touto galoio e bèn braveto, Pèr óuliva se bouto en trin. Coume èro bello L’óulivarello Quihado sus soun cavalet ! Sa bello tèsto E sa man lèsto Bravon lou vènt emai la fre. Au cavalet mounto e davalo ‘Mé soun panié renja de nòu : Lou cacalucho de verdalo Qu’en s’emplissènt dirias que plòu Di baisso touti penjouleto, Clafido d’aqué fru madur, La chato dis sa cansouneto Que mounto eilamount vers l’azur. Tout en countuniant sa batudo Fai atencioun en ço que fai ; En óulivant es pa ‘smougudo, Vòu faire ounour à soun travai, En culissènt la pichoulino Vo d’aquéli pèr lou moulin ; Di becaru l’óulivo fino, N’en vai empli soun gourbelin. Mai lis óulivo berrugueto, Tambèn aquéli di petous, Noun soun pèr empli la caieto Pèr-ço-que fan un òli dous. S’envai cueie de redounalo, Quand lou soulèu a davala ; Dis aut bouissoun bèn à la calo, Li trio pèr li pas mescla. Pièi la journado estènt finido, Vitamen vai à soun maset ; Afranquis vau emai roumpido, Sènso se plagne dóu biset. Au mas, si gènt que se languisson Soun asseta sus lou lindau ; En la vesènt se rejouïsson, Tout es countènt dintre l’oustau. Coume èro bello L’óulivarello Quihado sus soun cavalet ! Sa bello tèsto E sa man lesto Bravon lou vènt emai la fre.
Français
Le long des collines des Alpilles quand tombent les fleurs des ajoncs et que le vent s'égaie, la jeune fille alors quitte son mas pour aller dans les oliveraies, encore blanchie de gelée blanche ; toute joyeuse et bien gentille, pour cueillir les olives elle se met en train. Comme elle était belle la cueilleuse d'olives perchée sur son échelle-chevalet ! Sa belle tête et sa main agile bravent le vent et le froid. Sur l'échelle-chevalet elle monte et descend avec son panier rangé à neuf : le tas d'olives vertes qui, en se remplissant, on dirait qu'il pleut des branches basses toutes pendantes, remplies de ce fruit mûr, la jeune fille chante sa petite chanson qui monte là-haut vers l'azur. Tout en continuant sa cueillette elle fait attention à ce qu'elle fait ; en cueillant les olives elle n'est pas distraite, elle veut faire honneur à son travail, en cueillant la picholine ou celles pour le moulin ; des olives à bec, l'olive fine, elle en va remplir son petit panier. Mais les olives verruqueuses, de même que celles gâtées, ne sont pas pour remplir la caisse parce qu'elles font une huile de moindre qualité. Elle s'en va cueillir des olives rondes, quand le soleil a baissé ; des hauts buissons bien à l'abri, elle les trie pour ne pas les mélanger. Puis, la journée étant finie, vite elle va à son petit mas ; elle franchit vallée et novale, sans se plaindre du vent frisquet. Au mas, les siens qui languissent d'attendre sont assis sur le seuil ; en la voyant ils se réjouissent, tout est content dans la maison. Comme elle était belle la cueilleuse d'olives perchée sur son échelle-chevalet ! Sa belle tête et sa main agile bravent le vent et le froid.

Notice

Le poème suit une jeune cueilleuse d'olives le long des Alpilles, perchée sur son échelle-chevalet, qui trie les fruits selon leur qualité pour l'huile fine ou le moulin. Le refrain célèbre sa beauté et son agilité face au vent et au froid, tandis que les strophes détaillent les gestes du métier, du panier qui se remplit jusqu'au retour au mas où les siens l'attendent sur le seuil. Le timbre « Délicieuse Créature » annonce un air galant pour ce tableau champêtre.

Mots notables

ProvençalFrançais
óulivarellocueilleuse d'olives
cavaletéchelle-chevalet du cueilleur
pichoulinopicholine, variété d'olive
becaruvariété d'olive à bec
gourbelinpetit panier
pouverinembrun, fine gelée blanche

Source : Charloun Rieu, Li Cant dóu terraire, 1897, chanson n° 5. Domaine public. Numérisation : https://biblio.cieldoc.com/libre/integral/libr0278.pdf. Transcription et mise en forme par Lingua Nostra.