Chanson provençale

L’AMOUROUSO D’UN BOUSCATIÈ

L'Amoureuse d'un bûcheron

Chanson n° 2 Charloun Rieu, 1897

Chanson n° 2 du recueil Li Cant dóu terraire de Charloun Rieu (1846-1924), publié en 1897. Domaine public en France depuis 1995.

Texte

Provençal
Me pren de moumen de lagno Que sabe plus mounte siéu. De sounja qu’à la mountagno N’i en a vun que pènso à iéu. Mai, se ma grand lou sabié, Que parle à-n-un bouscatié ! De n’en èstre amourachido N’ai quàsi lou desplesi. Que malur d’èstre achinido A me plaire de l’ausi ! Quand lou vese que davalo Emé soun fais d’agrelas, Sènte que moun cor se chalo E que siéu dins lou soulas. Amariéu me n’en desfaire Sènso lou pousqué bleima, Mai acò’s un calignaire Qu’a tout pèr se faire ama. En estent d’uno famiho Qu’avèn tóuti quaucarèn, D’ana prene la pauriho Ma grand dis qu’acò vau rèn. Se n’en dèu èstre avisado Que ié fasiéu lis iue dous, I’a pas bèn uno mesado, Quand erian contro lou pous. Me digues quàuqui paraulo Que me fasien tresana ; Pièi anerian à la taulo, Se sarian plus enana. Me diguè qu’à la Vau-Torto, Mai lou mandèsson soulet, Mai rengèsse si redorto, Fasié proun de gavelet. Mai ague li man frounsido, Que s’envague un pau gibla, Sabe res dins la roumpido Que lou faguèsse cala. Vau pèr fes dins l’óuliveto Pèr ié cueie de bouquet ; Pièi de fes rise souleto En fasènt lou pèd cauquet. E desempièi, pèr lou vèire, Brave lis entravadis ; Dins lou valoun de Sant-Pèire, Siéu countènto quand l’ai vist.
Français
Il me prend des moments de peine où je ne sais plus où je suis. À force de songer qu'à la montagne il y en a un qui pense à moi. Mais, si ma grand-mère le savait, que je parle à un bûcheron ! D'en être amourachée j'en ai presque le déplaisir. Quel malheur d'être éprise au point de me plaire à l'entendre ! Quand je le vois qui descend avec son fagot de ramée, je sens que mon cœur se réjouit et que je suis dans le bonheur. Je voudrais bien m'en défaire sans pouvoir le blâmer, mais c'est un amoureux qui a tout pour se faire aimer. Étant d'une famille où nous avons tous quelque bien, aller prendre le pauvre, ma grand-mère dit que cela ne vaut rien. Elle a dû s'en apercevoir que je lui faisais les yeux doux, il n'y a pas tout à fait un mois, quand nous étions près du puits. Il me dit quelques paroles qui me faisaient frissonner ; puis nous allâmes à table, nous n'en serions plus repartis. Il me dit qu'à la Vau-Torte, même si on l'y envoyait seul, même s'il rangeait ses liens de fagot, il faisait bien des fagots. Même s'il a les mains gercées, qu'elles se soient un peu tordues, je ne connais personne dans la novale qui pourrait le faire céder. Je vais parfois dans l'oliveraie pour y cueillir des bouquets ; puis parfois je ris toute seule en faisant un petit pas léger. Et depuis, pour le voir, je brave les obstacles ; dans le vallon de Saint-Pierre, je suis contente quand je l'ai vu.

Écouter

Notice

Une jeune fille avoue en secret son amour pour un bûcheron de la montagne, malgré la désapprobation de sa grand-mère qui juge le prétendant trop pauvre. Elle décrit son émoi quand elle le voit descendre avec son fagot, leurs rencontres près du puits et à table, et sa détermination à le rejoindre malgré les obstacles. Le ton est intime et confiant, porté par une voix féminine qui assume son choix.

Mots notables

ProvençalFrançais
bouscatiébûcheron
calignaireamoureux, prétendant
redortoharte, lien de fagot
entravadisobstacles, entraves
roumpidonovale, terre nouvellement défrichée
mesadomois

Source : Charloun Rieu, Li Cant dóu terraire, 1897, chanson n° 2. Domaine public. Numérisation : https://biblio.cieldoc.com/libre/integral/libr0278.pdf. Transcription et mise en forme par Lingua Nostra.