Provençal
Janetoun jouino e braveto,
Qu’en la vesènt vous fai gau,
La veguère risouleto
Sus lou pont de Barbegau,
Li pin gibla per lou vènt-larg
Dins la vau souverto uso,
Tout èro siau dins lou Grand-Clar
Alin dins li moutouso
- Mounte es que vas, bravo fiho.
Ié diguère tout crentous,
Soulo alin dins la ramiho,
Sarié pas mau d’èstre dous.
Te dirai que siéu palunié :
A l’oumbrino di sagno,
S’un languitòri te prenié,
Te tendréu coumpagno.
S’emé iéu vos faire bando,
Un moumen arrèsto-te ;
Dins ma bòri gaire grando,
Lèu vau querre moun poudet.
Faren de garbo de rousèu,
De manoun de sarreto ;
Te dounarai de bon counsèu
Tout en gardant l’oumbreto.
Vai-ten lèu dire à toun paire
Que s’acò d’aqui ié vai,
En palun iéu sabe un caire
Qu’auren long-tèms de travai :
Aperalin i’a de pavèu,
Serviran pèr li bouto
Que sènso acò lou vin nouvèu
À pichot fiéu degouto.
Mai d’uno semano entiero
Crese que travaiaren.
I’a ’n fasèire de cadiero
Qu’en touto ouro lou veiren.
Nous pagara fin-que d’un sòu
Noste bèl estivage,
E pièi après, se Diéu lou vòu,
Faren un maridage.
- Palunié, pode vous dire
Que me fasès proun d’ounour ;
Bessai me parlas pèr rire,
Pau m’importo un tau discours.
Tant soulamen vous respoundrai
Qu’aier me siéu lougado
’M’un bèu jouvènt que vous retrais :
Es dis Esperloungado.
Français
Jeannette, jeune et gentille,
qui, en la voyant, vous réjouit,
je la vis, souriante,
sur le pont de Barbegal,
les pins courbés par le vent du large
dans la vallée ouverte et usée,
tout était calme dans le Grand-Clar
là-bas dans les moutonnements
- Où vas-tu, brave fille.
lui dis-je tout craintif,
seule là-bas dans le taillis,
ce ne serait pas mal d'être deux.
Je te dirai que je suis un homme des marais :
à l'ombre des roseaux,
si une nostalgie te prenait,
je te tiendrais compagnie.
Si avec moi tu veux faire route,
arrête-toi un moment ;
dans ma ferme, guère grande,
j'irai vite chercher ma serpette.
Nous ferons des gerbes de roseau,
des poignées de jonc scié ;
je te donnerai de bons conseils
tout en gardant l'ombrage.
Va vite dire à ton père
que si cela lui convient,
dans le marais je connais un coin
où nous aurons longtemps du travail :
là-bas il y a des joncs,
ils serviront pour les tonneaux,
car sans cela le vin nouveau
coule goutte à goutte.
Pendant plus d'une semaine entière
je crois que nous travaillerons.
Il y a un fabricant de chaises
que nous verrons à toute heure.
Il nous paiera jusqu'au dernier sou
notre bel été de labeur,
et puis ensuite, si Dieu le veut,
nous ferons un mariage.
- Homme des marais, je peux vous dire
que vous me faites bien de l'honneur ;
peut-être me parlez-vous pour rire,
peu m'importe un tel discours.
Je vous répondrai seulement
qu'hier je me suis engagée
avec un beau jeune homme qui vous ressemble :
il est des Esperloungades.