Chanson provençale

JANETOUN DE BARBEGAU

Jeannette de Barbegal

Chanson n° 4 Charloun Rieu, 1897

Chanson n° 4 du recueil Li Cant dóu terraire de Charloun Rieu (1846-1924), publié en 1897. Domaine public en France depuis 1995.

Texte

Provençal
Janetoun jouino e braveto, Qu’en la vesènt vous fai gau, La veguère risouleto Sus lou pont de Barbegau, Li pin gibla per lou vènt-larg Dins la vau souverto uso, Tout èro siau dins lou Grand-Clar Alin dins li moutouso - Mounte es que vas, bravo fiho. Ié diguère tout crentous, Soulo alin dins la ramiho, Sarié pas mau d’èstre dous. Te dirai que siéu palunié : A l’oumbrino di sagno, S’un languitòri te prenié, Te tendréu coumpagno. S’emé iéu vos faire bando, Un moumen arrèsto-te ; Dins ma bòri gaire grando, Lèu vau querre moun poudet. Faren de garbo de rousèu, De manoun de sarreto ; Te dounarai de bon counsèu Tout en gardant l’oumbreto. Vai-ten lèu dire à toun paire Que s’acò d’aqui ié vai, En palun iéu sabe un caire Qu’auren long-tèms de travai : Aperalin i’a de pavèu, Serviran pèr li bouto Que sènso acò lou vin nouvèu À pichot fiéu degouto. Mai d’uno semano entiero Crese que travaiaren. I’a ’n fasèire de cadiero Qu’en touto ouro lou veiren. Nous pagara fin-que d’un sòu Noste bèl estivage, E pièi après, se Diéu lou vòu, Faren un maridage. - Palunié, pode vous dire Que me fasès proun d’ounour ; Bessai me parlas pèr rire, Pau m’importo un tau discours. Tant soulamen vous respoundrai Qu’aier me siéu lougado ’M’un bèu jouvènt que vous retrais : Es dis Esperloungado.
Français
Jeannette, jeune et gentille, qui, en la voyant, vous réjouit, je la vis, souriante, sur le pont de Barbegal, les pins courbés par le vent du large dans la vallée ouverte et usée, tout était calme dans le Grand-Clar là-bas dans les moutonnements - Où vas-tu, brave fille. lui dis-je tout craintif, seule là-bas dans le taillis, ce ne serait pas mal d'être deux. Je te dirai que je suis un homme des marais : à l'ombre des roseaux, si une nostalgie te prenait, je te tiendrais compagnie. Si avec moi tu veux faire route, arrête-toi un moment ; dans ma ferme, guère grande, j'irai vite chercher ma serpette. Nous ferons des gerbes de roseau, des poignées de jonc scié ; je te donnerai de bons conseils tout en gardant l'ombrage. Va vite dire à ton père que si cela lui convient, dans le marais je connais un coin où nous aurons longtemps du travail : là-bas il y a des joncs, ils serviront pour les tonneaux, car sans cela le vin nouveau coule goutte à goutte. Pendant plus d'une semaine entière je crois que nous travaillerons. Il y a un fabricant de chaises que nous verrons à toute heure. Il nous paiera jusqu'au dernier sou notre bel été de labeur, et puis ensuite, si Dieu le veut, nous ferons un mariage. - Homme des marais, je peux vous dire que vous me faites bien de l'honneur ; peut-être me parlez-vous pour rire, peu m'importe un tel discours. Je vous répondrai seulement qu'hier je me suis engagée avec un beau jeune homme qui vous ressemble : il est des Esperloungades.

Notice

Un homme des marais aborde Jeannette sur le pont de Barbegal et lui propose de venir travailler et vivre avec lui parmi les roseaux, lui promettant un mariage après une belle saison de labeur. Jeannette répond poliment mais révèle qu'elle s'est déjà engagée la veille auprès d'un autre jeune homme, des Esperloungades. Le décor est celui des marais et moulins de Fontvieille, sur un ton de badinage rural qui tourne court.

Mots notables

ProvençalFrançais
paluniéhomme des marais
poudetserpette
languitòrinostalgie, langueur
sagnoroseau, plante des marais
pavèujonc

Source : Charloun Rieu, Li Cant dóu terraire, 1897, chanson n° 4. Domaine public. Numérisation : https://biblio.cieldoc.com/libre/integral/libr0278.pdf. Transcription et mise en forme par Lingua Nostra.