Chanson provençale

PIERROT

Pierrot

Chanson n° 21 Damase Arbaud, 1862

Chanson n° 21 du recueil Chants populaires de la Provence de Damase Arbaud (1814-1876), publié en 1862. Domaine public. Le texte est donné dans la graphie d'Arbaud, antérieure à la normalisation félibréenne : elle est reproduite telle quelle, sans correction.

Texte

Provençal
Pierrot partit per l'armado, Set ans l'y a restat, N'en laisso sa mi à Brignollo Que fai que plourar. Pierrot receb' uno lettro Tout' pleno d'amours, Mai li fai uno responso Tout' pleno de plours. Vai trouvar soun capitani : -Donnez-moi congé, ” J'ai ma mie dans Brignolles Morte de regret. Quand sieguet sur la mountagno N'a ausi sounar, :N'es les clochos de Brignollo © Que souenoun de clars. Pierrot mette ginou ’n terro, Capeou à la man, Implourant la Santo Viergi Sa priero fa'. Quand Pierrot arriv' à Brignollo, À Brignoll' est intrat, Trovo les dames de Brignollo Sa mio pourtant. Damos que pourtatz ma mio Leïissatz-la mi voir ; ” Descuerbe soon blanc visagi Doues fes l’a beisat, Lou beiso un, lou beiso dous, Tres fes l’a beisat: La derniero fes que l'a beisado, Pierro’ a trepassat. Que diran les gens de Brignollo D'aquestes amourous ? Que toutes dous tant s’amavoun, Que sount mouerts tous dous.
Français
Pierrot partit pour l'armée, Sept ans il y est resté, Il laisse sa mie à Brignoles Qui ne fait que pleurer. Pierrot reçoit une lettre Toute pleine d'amour, Mais il lui fait une réponse Toute pleine de pleurs. Il va trouver son capitaine : Donnez-moi congé, J'ai ma mie à Brignoles Morte de chagrin. Quand il fut sur la montagne Il a entendu sonner, Ce sont les cloches de Brignoles Qui sonnent le glas. Pierrot met genou en terre, Chapeau à la main, Implorant la sainte Vierge Il fait sa prière. Quand Pierrot arrive à Brignoles, Dans Brignoles il est entré, Il trouve les dames de Brignoles Portant sa mie. Dames qui portez ma mie, Laissez-la moi voir ; Il découvre son blanc visage, Deux fois il l'a baisée, Il la baise une fois, il la baise deux fois, Trois fois il l'a baisée : La dernière fois qu'il l'a baisée, Pierrot a trépassé. Que diront les gens de Brignoles De ces amoureux ? Que tous deux s'aimaient tant, Qu'ils sont morts tous les deux.

Notice

Cette complainte raconte le retour d'un soldat, Pierrot, parti sept ans à l'armée en laissant sa mie à Brignoles. À l'annonce de sa mort par une lettre puis par le son des cloches, il obtient son congé et revient trouver le convoi funèbre. Il embrasse trois fois le visage de la défunte et meurt lui-même de chagrin au dernier baiser. Le récit se clôt sur le motif des deux amants morts d'amour, unis dans la mort aux yeux des gens de Brignoles. Arbaud signale qu'une variante communiquée par M. Allègre donne une fin différente, où la mie ne meurt qu'après le retour de Pierrot, accompagnée de trente dames et d'autant de cordeliers.

Mots notables

ProvençalFrançais
armadoarmée
capitanicapitaine
clochoscloches
ginougenou
trepassattrépassé
prieroprière

Source : Damase Arbaud, Chants populaires de la Provence, 1862, chanson n° 21. Domaine public. Numérisation : https://archive.org/details/chantspopulaire00arbagoog. Transcription et mise en forme par Lingua Nostra.