Chanson n° 5 du recueil Chants populaires de la Provence de Damase Arbaud (1814-1876), publié en 1862. Domaine public. Le texte est donné dans la graphie d'Arbaud, antérieure à la normalisation félibréenne : elle est reproduite telle quelle, sans correction.
Texte
Provençal
Madamo Santo Anno grand matin s'es lexado,
D'aiguo n'a pres et les mans s'es lavado
N'a pres ses chapelets à 1 'egliso es anado,
L'y es pas anado per rire nj par parlar
Mai per Jesus-Christ adourar.
Quand de l'autar s'es approuchado
Lou capelan l'a refusado
Li a dit: Madamo Santo Anno
Anetz trouv ar vouestre mari Chochim,
De ses uelhs vous regardara,
De sa bouco vous beisaïa,
Vous laissara enceinto d'uno filho
Que s'appélara Mario.
Qu aquest sant. ouresoun saurie
El tres fes doou jour lou dirie,
Quand sense counfessien mourie,
Au Paradis anarie. Amen:
Français
Madame Sainte Anne, de grand matin, s'est levée,
De l'eau elle a pris et les mains s'est lavées
Elle a pris ses chapelets et à l'église est allée,
Elle n'y est pas allée pour rire ni pour parler
Mais pour Jésus-Christ adorer.
Quand de l'autel elle s'est approchée
Le curé l'a refusée
Il lui a dit : Madame Sainte Anne
Allez trouver votre mari Joachim,
De ses yeux il vous regardera,
De sa bouche il vous embrassera,
Il vous laissera enceinte d'une fille
Qui s'appellera Marie.
Qui saura cette sainte oraison
La dira trois fois par jour,
Quand sans confession il mourra,
Au Paradis il ira. Amen.
Notice
Cette oraison raconte comment le prêtre refuse Sainte Anne à l'autel, stérile, et l'envoie retrouver son mari Joachim, dont l'étreinte lui vaudra de concevoir une fille qui s'appellera Marie. Arbaud rattache longuement cet épisode aux évangiles apocryphes, notamment au Protévangile de Jacques, qui raconte l'humiliation d'Anne et de Joachim au temple et l'annonce angélique faite à Joachim. Le genre est celui de l'oraison populaire à vertu protectrice, récitée pour obtenir une bonne mort.
Mots notables
| Provençal | Français |
| ouresoun | oraison, prière |
| capelan | curé, prêtre |
| lexado | levée |
| beisaïa | embrassera, baisera |
| Chochim | forme provençale, ici mutilée par l'OCR, du nom Joachim |
Source : Damase Arbaud, Chants populaires de la Provence, 1862,
chanson n° 5. Domaine public. Numérisation :
https://archive.org/details/chantspopulaire00arbagoog. Transcription et mise en forme par Lingua Nostra.