Chanson provençale

Louisoun

Louisoun

Chanson n° 25 Damase Arbaud, 1862

Chanson n° 25 du recueil Chants populaires de la Provence de Damase Arbaud (1814-1876), publié en 1862. Domaine public. Le texte est donné dans la graphie d'Arbaud, antérieure à la normalisation félibréenne : elle est reproduite telle quelle, sans correction.

Texte

Provençal
N'es la belo Louisoun Que disoun qu'es tant belo; Elo per sa beoutat Es istal deraubeio, Par quatr' ou cinq dragouns Que venien de l'armeio. Lou plus jouine des-tres Aqueou l'a deraubeio, La mounto sur grisoun Sur la blanc' haqueneio, La meno autant luench Cinquanto-doues journeios. D'eiçà nen vei venir Lou laquai de soun pero, — Ah! digo dounc, laquai, Que fan dins nouestro terro ? — Per vous, belo Louisoun, L'y ant toujours grand guerro. — Guerro l'y agoun plus Que iou siou marideio ; — Se marideio siatz Dounetz-me la livreio ; Sept canos de ribans L'y a mes à soun espeio. — Adiou, belo Louisoun, Que dir' à vouestre pero ? — Que ma petito sur La tengoun pas tant belo, Que iou per ma beoutat Siou istat deraubeio.
Français
Elle est belle, Louisoun Qu'on dit qu'elle est si belle; Elle, pour sa beauté Elle a été enlevée, Par quatre ou cinq dragons Qui venaient de l'armée. Le plus jeune des trois C'est lui qui l'a enlevée, Il la monte sur un cheval gris Sur la blanche haquenée, Il l'emmène aussi loin Cinquante-deux journées. De là ils voient venir Le laquais de son père, — Ah! dis donc, laquais, Que font-ils dans notre pays ? — Pour vous, belle Louisoun, Ils font toujours grand-guerre. — Qu'il n'y ait plus de guerre Car je suis mariée ; — Si vous êtes mariée Donnez-moi la livrée ; Sept aunes de rubans Il les a mis à son épée. — Adieu, belle Louisoun, Que dirai-je à votre père ? — Que ma petite sœur On ne la tienne pas si belle, Car moi, pour ma beauté J'ai été enlevée.

Notice

Cette complainte narrative raconte l'enlèvement de la belle Louisoun par des dragons revenant de l'armée. Le plus jeune des trois soldats l'emporte au loin, avant qu'elle n'annonce être déjà mariée pour se protéger. Arbaud signale la forme particulière du texte, bâtie en strophes de trois vers rimant par assonance, proche des tercets de Dante et Pétrarque, forme qu'il attribue à la fréquence de la rime en "èro".

Mots notables

ProvençalFrançais
haqueneiohaquenée, jument de parade
dragounsdragons, soldats de cavalerie
livreiolivrée
espeioépée
deraubeioenlevée, dérobée
armeioarmée

Source : Damase Arbaud, Chants populaires de la Provence, 1862, chanson n° 25. Domaine public. Numérisation : https://archive.org/details/chantspopulaire00arbagoog. Transcription et mise en forme par Lingua Nostra.