Chanson n° 7 du recueil Chants populaires de la Provence de Damase Arbaud (1814-1876), publié en 1862. Domaine public. Le texte est donné dans la graphie d'Arbaud, antérieure à la normalisation félibréenne : elle est reproduite telle quelle, sans correction.
Texte
Provençal
Sant Jause eme Marie
S'en van tous dous proumenar,
Viergi Mario!
S'en van tous dous proumenar,
Jesus, Maria !
Dins lou jardin que promenouñ
Un tant bel aubre l'y a.
La Viergi Hi prend enio
De soun fruit voudrié mangesr.
La Viergi ausso ses menotos
Lou poumier s'es abeissat.
Sant Jause n'en voou tant faire
Lou pounier s'es enaussat.
— Aro iou couneisse, Viergi,
Que siatz viergi 'n verita.
La Viergi li prend envio
À Bethelem voou anar.
Quand nen es vers les ounz' houros
La Viergi voou enfantar.
— Sant Jause aro l'en pregue
Cerco gens per m'assistar.
— Ah! Mario touto puro,
Ounte iou me fau anar ?
— Vai enco de l'houstagiero
Touto la nuech l'y ant cantat.
De long soun camin rescontro
Une filho senso bras.
— La Viergi eila te prego
Que la vengues assistar.
— Coumo vouretz que l'assiste,
Siou 'no filho senso bras.
Ant pas marchat un quart d'houro
Que la filh' aguet ses bras.
Aquo 's lou premier miracle
Que Jesus-Christ ague fach,
Viergi Mario,
Que Jesus-Christ ague fach,
Jesus, Maria !
Français
Saint Joseph et Marie
S'en vont tous deux se promener,
Vierge Marie !
S'en vont tous deux se promener,
Jésus, Marie !
Dans le jardin où ils se promenaient
Il y a un si bel arbre.
La Vierge en a envie
De son fruit elle voudrait manger.
La Vierge lève ses petites mains
Le pommier s'est abaissé.
Saint Joseph veut aussi le faire
Le pommier s'est redressé.
Maintenant je connais, Vierge,
Que vous êtes vierge en vérité.
La Vierge en a envie
À Bethléem elle veut aller.
Quand vient vers les onze heures
La Vierge veut enfanter.
Saint Joseph, maintenant je vous en prie,
Cherchez du monde pour m'assister.
Ah ! Marie toute pure,
Où me faut il aller ?
Va chez l'hôtelière,
Toute la nuit ils y ont chanté.
Le long de son chemin il rencontre
Une fille sans bras.
La Vierge là bas te prie
Que tu viennes l'assister.
Comment voulez vous que je l'assiste,
Je suis une fille sans bras.
Ils n'avaient pas marché un quart d'heure
Que la fille eut ses bras.
Voilà le premier miracle
Que Jésus Christ a fait,
Vierge Marie,
Que Jésus Christ a fait,
Jésus, Marie !
Écouter
Notice
Ce noël populaire raconte un épisode apocryphe de la vie de la Sainte Famille, sur le modèle des complaintes du cerisier qui s'incline devant la Vierge enceinte. Saint Joseph et Marie se promènent, un pommier se penche vers elle puis se redresse devant Joseph, preuve de la virginité de Marie. La chanson enchaîne ensuite le voyage vers Bethléem et la naissance, puis relate un premier miracle attribué à l'Enfant Jésus, la guérison d'une jeune fille née sans bras. Arbaud signale des lacunes dans le texte recueilli par des points de suspension marquant la reprise du refrain.
Source : Damase Arbaud, Chants populaires de la Provence, 1862,
chanson n° 7. Domaine public. Numérisation :
https://archive.org/details/chantspopulaire00arbagoog. Transcription et mise en forme par Lingua Nostra.