Chanson provençale

LOU PANTAI DE LA BOUENO MERO

Le rêve de la bonne Mère

Chanson n° 3 Damase Arbaud, 1862

Chanson n° 3 du recueil Chants populaires de la Provence de Damase Arbaud (1814-1876), publié en 1862. Domaine public. Le texte est donné dans la graphie d'Arbaud, antérieure à la normalisation félibréenne : elle est reproduite telle quelle, sans correction.

Texte

Provençal
Au bouesc doou mount des Oouliviers Ounte Jesus a fach soun liech, Jesus un tant grand cris a gitat, Que Gabriel s'est reveillat. — Gabriel, veilletz ou dourmetz? — Jou ni n'en douerme ni n'en veille. — Anetz au bouesc de Jerusio Li trouvaretz ma Mero Mario, Li diretz: Diou vous douno lou bouen jour. — Mero, boueno Mefo, rien siatz tristo, Que marri pantai n'avetz-vous fach ? — Ai fach un pantai que les estellos S'en anavoun en souspirant, Que lou soureou doou ciet saunavo Et n'en degoutavo de sang. — Ah! Mero; boueno Mero, N'es pas un pantai qü'avetz fach Es là puro realita. Qu aquest ouresoun saura Tous les divendres lou dira Jamai soun amo perira Diou de l'Infer la tirara.
Français
Au bois du mont des Oliviers Où Jésus a fait son lit, Jésus a poussé un si grand cri, Que Gabriel s'est réveillé. — Gabriel, veillez-vous ou dormez-vous ? — Moi, je ne dors ni ne veille. — Allez au bois de Jérusio Vous y trouverez ma Mère Marie, Vous lui direz : Dieu vous donne le bonjour. — Mère, bonne Mère, ne soyez pas triste, Quel mauvais rêve avez-vous fait ? — J'ai fait un rêve où les étoiles S'en allaient en soupirant, Où le soleil du ciel saignait Et il en dégouttait du sang. — Ah ! Mère, bonne Mère, Ce n'est pas un rêve que vous avez fait C'est là pure réalité. Qui saura cette oraison La dira tous les vendredis Jamais son âme ne périra Dieu la tirera de l'Enfer.

Notice

Cette pièce met en scène un dialogue entre l'ange Gabriel et la Vierge Marie, éveillée par le cri de douleur de Jésus au mont des Oliviers. Marie lui raconte un songe prémonitoire, celui des étoiles en pleurs et du soleil saignant, que Jésus reconnaît comme une vision véridique de sa Passion à venir. La pièce se referme sur une promesse de salut pour qui récitera cette oraison chaque vendredi. Le genre est celui de l'oraison narrative, proche de la complainte de la Passion.

Mots notables

ProvençalFrançais
pantairêve, songe
ouresounoraison, prière
estellosétoiles
realitaréalité
divendresvendredis

Source : Damase Arbaud, Chants populaires de la Provence, 1862, chanson n° 3. Domaine public. Numérisation : https://archive.org/details/chantspopulaire00arbagoog. Transcription et mise en forme par Lingua Nostra.