Chanson provençale

Tres veisseous dedins Marselho

Les trois vaisseaux dans Marseille

Chanson n° 23 Damase Arbaud, 1862

Chanson n° 23 du recueil Chants populaires de la Provence de Damase Arbaud (1814-1876), publié en 1862. Domaine public. Le texte est donné dans la graphie d'Arbaud, antérieure à la normalisation félibréenne : elle est reproduite telle quelle, sans correction.

Texte

Provençal
Sount tres veisseous dedins Marselho Que van partir per Pourtugal, Liroun fa la lireto, Que van partir per Pourtugal, Liroun fa la lira. N'ant ben restat sept ans sur l'aiguo Senso terro pousqu' abourdar. Quand l'y a sept ans que sount sur l'aiguo Lou pan, lou vin, tout a manquat. N'ant tirat à la courto palho Quau sera lou premier mangeat. Lou mestre qu'a partit les palhos, Se la plus courto li a restat: — Quan n'en es aqueou vaillant moussi Que la vido me voou sauvar ? Li doun' uno de mes tres filhos Em' un vaisseou subredaurat. — N'en sera iou, moun capitani, Que la vido vous vau sauvar. — Ah! mountio, mounto, vaillant moussi, Mount' à la poumo doou grand mat. Quand lou moussi 's sur les crousetos Lou moussi s'es mes à plourar : — Ab! de que ploures, vaillant moussi, Veses pas quauque port de mar ? — Jou vese que lou ciel et l'aiguo Eme les oundos de la mar. — Ah! mounto, mounto, vaillant moussi, Un pau plus haut te faut mountar. Quand Jou moussi n'es sur la poumo, Lou moussi s'es mes à cantar : — Ah! de que cantes, vaillant moussi, Veses-tu quauque port de mar ? — Vese Touloun, vese Marselho, Nouestro-Damo de la Cioutat, Vese tres jouinos dameiselos Que proumenoun long de la mar. — Ah! canto, canio, vaïlant moussi, Aro n'as ben de que cantar; 'A s-gagna 'no poulido filho Em un vaisseou subredaurat. — Ài gagua 'no poulido filho, Mai ai risquat d'estre mangeat.
Français
Il y a trois vaisseaux dans Marseille Qui vont partir pour le Portugal, Refrain de vocables, sans traduction lexicale. Qui vont partir pour le Portugal, Refrain de vocables, sans traduction lexicale. Ils sont bien restés sept ans sur l'eau Sans pouvoir aborder terre. Quand il y a sept ans qu'ils sont sur l'eau Le pain, le vin, tout a manqué. Ils ont tiré à la courte paille Pour savoir qui serait mangé le premier. Le maître qui a partagé les pailles, C'est à lui que la plus courte est restée : Y a-t-il un vaillant mousse Qui veuille me sauver la vie ? Je lui donne une de mes trois filles Avec un vaisseau tout doré. Ce sera moi, mon capitaine, Qui vais vous sauver la vie. Ah ! monte, monte, vaillant mousse, Monte au sommet du grand mât. Quand le mousse est sur les vergues Le mousse s'est mis à pleurer : Ah ! de quoi pleures-tu, vaillant mousse, Ne vois-tu pas quelque port de mer ? Je ne vois que le ciel et l'eau Avec les vagues de la mer. Ah ! monte, monte, vaillant mousse, Il te faut monter un peu plus haut. Quand le mousse est sur le sommet du mât, Le mousse s'est mis à chanter : Ah ! de quoi chantes-tu, vaillant mousse, Vois-tu quelque port de mer ? Je vois Toulon, je vois Marseille, Notre-Dame de la Cité, Je vois trois jeunes demoiselles Qui se promènent le long de la mer. Ah ! chante, chante, vaillant mousse, Maintenant tu as bien de quoi chanter ; Tu as gagné une jolie fille Avec un vaisseau tout doré. J'ai gagné une jolie fille, Mais j'ai risqué d'être mangé.

Notice

Cette chanson raconte l'histoire de trois vaisseaux partis de Marseille pour le Portugal, dont l'équipage, resté sept ans en mer sans pouvoir aborder, tire à la courte paille pour désigner celui qui sera mangé faute de vivres. Un jeune mousse s'offre à sauver le capitaine en échange de la main d'une de ses filles, monte au mât pour guetter la terre, et finit par apercevoir Toulon et Marseille. Le récit s'achève sur le mousse ayant gagné une épouse tout en ayant risqué d'être dévoré par ses compagnons affamés. Le titre de cette pièce est illisible dans la source océrisée d'Arbaud ; le titre français retenu ici, de convenance, est établi sur l'incipit «Sount tres veisseous dedins Marselho».

Mots notables

ProvençalFrançais
moussimousse, jeune matelot
veisseousvaisseaux
courto palhocourte paille
crousetosvergues du mât
subredaurattout doré

Source : Damase Arbaud, Chants populaires de la Provence, 1862, chanson n° 23. Domaine public. Numérisation : https://archive.org/details/chantspopulaire00arbagoog. Transcription et mise en forme par Lingua Nostra.