Chanson n° 5 du recueil Lis Isclo d'Or (section « Li Cansoun ») de Frédéric Mistral (dates inconnues), publié en 1861. Frédéric Mistral mort en 1914 ; domaine public depuis 1985 (70 ans après sa mort). Recueil publié en 1876, poème daté de juin 1861. Graphie de la source : mistralienne, reproduite telle quelle.
Texte
Provençal
Grand soulèu de la Prouvènço,
Gai coumpaire dóu mistrau,
Tu qu'escoules la Durènço
Coume un flot de vin de Crau,
Fai lusi toun blound calèu !
Coucho l'oumbro emai li flèu !
Lèu ! lèu ! lèu !
Fai te vèire, bèu soulèu !
Ta flamado nous grasiho,
E pamens, vèngue l'estiéu,
Avignoun, Arle e Marsiho
Te reçaupon coume un diéu !
Fai lusi toun blound calèu !
Coucho l'oumbro emai li flèu !
Lèu ! lèu ! lèu !
Fai te vèire, bèu soulèu !
Pèr te vèire, li piboulo
Sèmpre escalon que plus aut,
E la pauro berigoulo
Sort au pèd dóu panicaut.
Fai lusi toun blound calèu !
Coucho l'oumbro emai li flèu !
Lèu ! lèu ! lèu !
Fai te vèire, bèu soulèu !
Lou soulèu, ami, coungreio
Lou travai e li cansoun,
E l'amour de la patrìo,
E sa douço languisoun.
Fai lusi toun blound calèu !
Coucho l'oumbro emai li flèu !
Lèu ! lèu ! lèu !
Fai te vèire, bèu soulèu !
Lou soulèu fai lume au mounde
E lou tèn caud e sadou...
Diéu nous garde que s'escounde,
Car sarié la fin de tout !
Fai lusi toun blound calèu !
Coucho l'oumbro emai li flèu !
Lèu ! lèu ! lèu !
Fai te vèire, bèu soulèu !
Français
Grand soleil de la Provence,
Gai compère du mistral,
Toi qui fais couler la Durance
Comme un flot de vin de Crau,
Fais luire ta blonde lampe !
Chasse l'ombre et les fléaux !
Vite ! vite ! vite !
Fais-toi voir, beau soleil !
Ta flambée nous grille,
Et pourtant, que vienne l'été,
Avignon, Arles et Marseille
Te reçoivent comme un dieu !
Fais luire ta blonde lampe !
Chasse l'ombre et les fléaux !
Vite ! vite ! vite !
Fais-toi voir, beau soleil !
Pour te voir, les peupliers
Montent toujours plus haut,
Et le pauvre champignon des prés
Sort au pied du chardon.
Fais luire ta blonde lampe !
Chasse l'ombre et les fléaux !
Vite ! vite ! vite !
Fais-toi voir, beau soleil !
Le soleil, ami, engendre
Le travail et les chansons,
Et l'amour de la patrie,
Et sa douce langueur.
Fais luire ta blonde lampe !
Chasse l'ombre et les fléaux !
Vite ! vite ! vite !
Fais-toi voir, beau soleil !
Le soleil donne lumière au monde
Et le tient chaud et savoureux...
Dieu nous garde qu'il se cache,
Car ce serait la fin de tout !
Fais luire ta blonde lampe !
Chasse l'ombre et les fléaux !
Vite ! vite ! vite !
Fais-toi voir, beau soleil !
Notice
Lou Cant dóu Soulèu ouvre la section « Li Cansoun » (Les Chansons) du recueil Lis Isclo d'Or de Frédéric Mistral, daté de juin 1861 et dédié à Joseph Roumanille. C'est une invocation joyeuse au soleil de Provence, qui fait mûrir la vigne, réchauffe les villes du Rhône (Avignon, Arles, Marseille) et fait naître le travail, le chant et l'amour du pays natal. Le refrain rythmique « Lèu ! lèu ! lèu ! » imite l'appel pressant qu'on adresse à l'astre. Le poème a connu une large diffusion comme chant traditionnel provençal et fut traduit en italien sous le titre L'inno al sole.
Mots notables
Source : Frédéric Mistral, Lis Isclo d'Or (section « Li Cansoun »), 1861,
chanson n° 5. Domaine public. Numérisation :
https://fr.wikisource.org/wiki/Lis_Isclo_d%E2%80%99Or/Lou_Cant_d%C3%B3u_soul%C3%A8u. Transcription et mise en forme par Lingua Nostra.