Chanson provençale

Li Grihet

Les Grillons

Chanson n° 4 Frédéric Mistral, 1855

Chanson n° 4 du recueil Lis Isclo d'Or de Frédéric Mistral (dates inconnues), publié en 1855. Frédéric Mistral mort en 1914 ; domaine public depuis 1985 (70 ans après sa mort). Recueil Lis Isclo d'Or publié en 1876, poème daté de 1855. Graphie de la source : mistralienne, reproduite telle quelle.

Texte

Provençal
— Mai coume vai, pichot grihet, Negre e lusènt coume jaiet, Que, de-jour, n'en disès pas uno, E que, de-tard, emé la luno, Cantas li Vèspro dóu bouié ? — Ah ! dins lou jour talo babiho Fan li tavan e lis abiho Que noste cant sarié'nterra O s'arribavo à s'enaura Nous acabarié l'auceliho — Pàuri grihet ! — Mai au moumen Que s'estrèmo avisadamen Dono Fournigo, nautre, d'aise, En esperant que tout se taise, Sus li mouto tenèn d'à ment ; E pièi, pecaire, plan-planeto Apoundèn nòsti voues naneto Pèr que brusigon un pau mai ; E la luno, en fielant si rai, Escouto nosto cansouneto.
Français
— Mais comment se fait-il, petit grillon, Noir et luisant comme le jais, Que, le jour, tu n'en dises pas une, Et que, le soir venu, avec la lune, Tu chantes les Vêpres du bouvier ? — Ah ! dans le jour un tel bavardage Font les taons et les abeilles Que notre chant serait enterré Ou s'il arrivait à s'élever Les oiseaux nous achèveraient — Pauvres grillons ! — Mais au moment Où se cache prudemment Dame Fourmi, nous, à l'aise, En attendant que tout se taise, Sur les mottes nous tenons conseil ; Et puis, pauvres de nous, tout doucement Nous ajoutons nos petites voix Pour qu'elles bruissent un peu plus ; Et la lune, en filant ses rayons, Écoute notre petite chanson.

Notice

Li Grihet est un poème dialogué de Frédéric Mistral, daté de 1855 et dédié à Henri Cazalis, publié dans le recueil Lis Isclo d'Or (1876). Un interlocuteur demande aux grillons pourquoi ils se taisent le jour et chantent seulement le soir à la lueur de la lune. Les grillons répondent que le vacarme diurne des taons et des abeilles étoufferait leur chant, et qu'ils préfèrent la tranquillité nocturne, une fois les fourmis rentrées, pour faire entendre leur petite chanson sous les rayons de la lune. Le poème appartient au registre des fables et scènes animalières que Mistral cultive à côté de ses grandes épopées.

Mots notables

ProvençalFrançais
grihetgrillon
jaietjais
vèsprovêpres
tavantaon
fournigofourmi
cansounetopetite chanson

Source : Frédéric Mistral, Lis Isclo d'Or, 1855, chanson n° 4. Domaine public. Numérisation : https://fr.wikisource.org/wiki/Lis_Isclo_d%E2%80%99Or/Li_Grihet. Transcription et mise en forme par Lingua Nostra.