Chanson provençale

LES TRES BANCS BLANCS

Les trois bancs blancs

Chanson n° 4 Damase Arbaud, 1862

Chanson n° 4 du recueil Chants populaires de la Provence de Damase Arbaud (1814-1876), publié en 1862. Domaine public. Le texte est donné dans la graphie d'Arbaud, antérieure à la normalisation félibréenne : elle est reproduite telle quelle, sans correction.

Texte

Provençal
Au Paradis l'y a tres bancs blancs L'y a Sant Peyre eme Sant Jean Jesus es au mitan, N'a vist venir sa boueno Mero Que n'en fasie que plourar Que souspirar. — Que n'avetz-vous, ma boueno Mero, Que tant plouretz Tant souspirelz ? — Hai! moun enfant, mon doux enfant, N'ai ben resoun de plourar De souspirar ; Au Paradis degun se ves intrar, L'Infer fai que durbir et sarar. — Counsouletz vous, ma boueno Mero, Se ves plus que de renegats Que vous et iou ant parjural ; Mai se vouen pas se courrigear Les tempestos li mandarem, Les vignos li brularem, Les blads seran desteslats, Grando guerro l'y aura Et tout lou mounde perira. — Ah! moun enfant, mon doux enfant, Mandetz de vignos ben flouridos, Mandetz d'espigos ben fournidos, Lou ciel lusent, d'aiguo ben claro, Ansin se counvartiran Et lou caremo junaran, À Pasquo coumuniarän.
Français
Au Paradis il y a trois bancs blancs Il y a Saint Pierre et Saint Jean Jésus est au milieu, Il a vu venir sa bonne Mère Qui ne faisait que pleurer Que soupirer. — Qu'avez-vous, ma bonne Mère, Que tant vous pleurez Tant vous soupirez ? — Hélas ! mon enfant, mon doux enfant, J'ai bien raison de pleurer De soupirer ; Au Paradis nul ne se voit entrer, L'Enfer ne fait qu'ouvrir et fermer. — Consolez-vous, ma bonne Mère, Vous n'y voyez plus que des renégats Qui envers vous et moi se sont parjurés ; Mais s'ils ne veulent pas se corriger Les tempêtes nous leur enverrons, Les vignes nous leur brûlerons, Les blés seront dévastés, Grande guerre il y aura Et tout le monde périra. — Ah ! mon enfant, mon doux enfant, Envoyez des vignes bien fleuries, Envoyez des épis bien fournis, Le ciel luisant, l'eau bien claire, Ainsi ils se convertiront Et le carême ils jeûneront, À Pâques ils communieront.

Notice

Assis au Paradis entre Saint Pierre et Saint Jean, Jésus voit sa Mère en pleurs devant l'état du monde, peuplé de renégats et de parjures. Il menace d'envoyer tempêtes, vignes brûlées et guerre si les hommes ne se corrigent pas ; la Vierge intercède et demande plutôt des récoltes abondantes en échange du jeûne du carême et de la communion pascale. Le genre est celui de la complainte apocalyptique à caractère religieux, proche de l'oraison des Tres bancs blancs qu'Arbaud rapproche d'un cantique catalan du seizième siècle.

Mots notables

ProvençalFrançais
renegatsrenégats
parjuralse sont parjurés
caremocarême
desteslatsdévastés, ravagés
coumuniaräncommunieront

Source : Damase Arbaud, Chants populaires de la Provence, 1862, chanson n° 4. Domaine public. Numérisation : https://archive.org/details/chantspopulaire00arbagoog. Transcription et mise en forme par Lingua Nostra.