Chanson provençale

LES OURPHELINS

Les orphelins

Chanson n° 15 Damase Arbaud, 1862

Chanson n° 15 du recueil Chants populaires de la Provence de Damase Arbaud (1814-1876), publié en 1862. Domaine public. Le texte est donné dans la graphie d'Arbaud, antérieure à la normalisation félibréenne : elle est reproduite telle quelle, sans correction.

Texte

Provençal
Qu voou entendre la coumplainto De tres pichots enfants. Sa mair’ es morlo, soun paire S’es tournat maridar ; À pres ’no mechanto fremo, Les fai mourir de fam. Lou plus pichot des tres fraires Li demando de pan ; Li fich' un cop de pe’ au ventre, À terro l'a gitat. Lou plus grand des tres fraires L'es anat relevar : — Relevo-te, moun fraire, Ma mair’ anem trouvar: Anem au camenteri De pan nous dounara. Long doou camin rescontroun Lou Bouen-Diou Jesus- Christ : — Et ount’ anetz, mes angis, Mes angis tant petits. — Anem au camenteri, Ma mair' anem trouvar ; — Entournelz-vous, mes angis Vous la farai venir. Relevo-te, Mario, Vai nourir tes enfants. — Coumo vouretz que m'hausse N'ai forco ni pouder ? — Jou te doune de forco, De pouder per sept ans. Quand les sept ans s’approchoun Elo fai que plourar. — De que plouretz, ma maire, De que souspiretz tant ? — Jou n’en ploure, mes angis, Que fau que se quittem. — N'en plouretz pas, ma maire, L’y anarem tous ensem ; L'un pourtara l'isopo Et l’autre lou flambeou, L'autre tendra lou libre, L'y anarem en canlant.
Français
Qui veut entendre la complainte De trois petits enfants. Leur mère est morte, leur père S'est remarié ; Il a pris une méchante femme, Elle les fait mourir de faim. Le plus petit des trois frères Lui demande du pain ; Elle lui donne un coup de pied au ventre, Elle l'a jeté à terre. Le plus grand des trois frères Est allé le relever : - Relève-toi, mon frère, Notre mère allons trouver : Allons au cimetière, Du pain elle nous donnera. Le long du chemin ils rencontrent Le Bon Dieu Jésus-Christ : - Et où allez-vous, mes anges, Mes anges si petits. - Nous allons au cimetière, Notre mère allons trouver ; - Retournez-vous-en, mes anges, Je vous la ferai venir. Relève-toi, Marie, Va nourrir tes enfants. - Comment voulez-vous que je me lève, Je n'ai ni force ni pouvoir ? - Je te donne de la force, Du pouvoir pour sept ans. Quand les sept ans approchent Elle ne fait que pleurer. - De quoi pleurez-vous, ma mère, De quoi soupirez-vous tant ? - Je n'en pleure, mes anges, Que parce qu'il faut nous quitter. - N'en pleurez pas, ma mère, Nous irons tous ensemble ; L'un portera le goupillon, Et l'autre le flambeau, L'autre tiendra le livre, Nous irons en chantant.

Notice

Cette complainte raconte le sort de trois orphelins maltraités par leur belle-mère après la mort de leur mère et le remariage de leur père. Chassés et affamés, les enfants partent chercher leur mère au cimetière et rencontrent en chemin le Bon Dieu, qui ressuscite leur mère pour sept ans afin qu'elle les nourrisse. Au terme de ce délai, les enfants acceptent de la laisser partir et l'accompagnent dans un cortège funèbre chantant. Le genre est celui de la complainte populaire, tourné vers la piété et le sort des enfants abandonnés.

Mots notables

ProvençalFrançais
coumplaintocomplainte
frairefrère
camentericimetière
angisanges
isopogoupillon (aspersoir)
flambeouflambeau

Source : Damase Arbaud, Chants populaires de la Provence, 1862, chanson n° 15. Domaine public. Numérisation : https://archive.org/details/chantspopulaire00arbagoog. Transcription et mise en forme par Lingua Nostra.