Chanson provençale

LEGENDO DE JESUS-CHRIST

Légende de Jésus-Christ

Chanson n° 13 Damase Arbaud, 1862

Chanson n° 13 du recueil Chants populaires de la Provence de Damase Arbaud (1814-1876), publié en 1862. Domaine public. Le texte est donné dans la graphie d'Arbaud, antérieure à la normalisation félibréenne : elle est reproduite telle quelle, sans correction.

Texte

Provençal
Jesus-Christ s’habill’ en paure, L'oumoino vai demandar : — Moussu que siatz en fenestro, Fasetz me la caritat ; — Ah! vai-t-en, couquin de paure, Jou te vouere pas dounar ; — Dounetz m’ aumen les briguetos Que vous toumboun d'’oou repas, — Les briguetos que me toumboun Soun per mes chins et mes cats ; Mes chins m'adusoun des lebres, Tu sabes pas rappourtar. —— Ail damo, boueno damo, Fasetz me la caritat ; — Ajil paure, moun bouen paure, lou vous pouede pas dounar, Moun marit est en coulero Pourrie beleou me piquar; — Dounelz m’aumen les briguetos Que vous toumboun doou repas ; — Ail paure, moun bouen paure, D'escoundoun vous fau moutar. Dins lou temps que n’en mountavo Ant vitz grando claritat : — Ai! paure, moun bouen paure, Qu'es aquelo grand clartat ? — Es, damo, boueno damo, Les oumoïnos qu’avetz fach; Ai ! damo, boueno damo, Vous counfessetz-ti souvent ? — Me confess’ à Pandecousto, De Pandecoust’ à Sant Jean. — Ai! damo, boueno damo, Anetz leou vous counfessar. Sera pas lou quart d’un’ houro Que vous auretz irepassat ; Vouestro plaço n’es marquado Au Paradis benhurat, Vouestro chamibrier’ arrouganto Dedins l’Infer brulara, Lou moussu qu’'es aussi rude À soun Coustat brulara.
Français
Jésus-Christ s'habille en pauvre, Il va demander l'aumône : - Monsieur qui êtes à la fenêtre, Faites-moi la charité ; - Ah ! va-t'en, coquin de pauvre, Je ne veux pas t'en donner ; - Donnez-moi au moins les miettes Qui tombent de votre repas, - Les miettes qui me tombent Sont pour mes chiens et mes chats ; Mes chiens m'apportent des lièvres, Toi tu ne sais pas rapporter. - Ah ! dame, bonne dame, Faites-moi la charité ; - Ah ! pauvre, mon bon pauvre, Je ne peux pas t'en donner, Mon mari est en colère, Il pourrait peut-être me battre ; - Donnez-moi au moins les miettes Qui tombent de votre repas ; - Ah ! pauvre, mon bon pauvre, En cachette il vous faut monter. Dans le temps qu'il en montait Il vit une grande clarté : - Ah ! pauvre, mon bon pauvre, Qu'est-ce que cette grande clarté ? - C'est, dame, bonne dame, Les aumônes que vous avez faites ; Ah ! dame, bonne dame, Vous confessez-vous souvent ? - Je me confesse à la Pentecôte, De la Pentecôte à la Saint-Jean. - Ah ! dame, bonne dame, Allez vite vous confesser. Il ne sera pas le quart d'une heure Que vous serez trépassée ; Votre place est marquée Au Paradis bienheureux, Votre chambrière arrogante Dans l'Enfer brûlera, Le monsieur qui est aussi dur, À son côté brûlera.

Notice

Cette légende met en scène Jésus-Christ déguisé en pauvre qui va de porte en porte demander l'aumône. Un riche bourgeois le repousse avec dureté, tandis qu'une dame, malgré la crainte de son mari irascible, lui donne en cachette les miettes du repas. Jésus révèle alors son identité dans une grande clarté et annonce à la femme charitable sa place au Paradis, tandis qu'une chambrière hautaine et le maître dur de cœur sont voués à brûler en Enfer. Le récit appartient au genre de la légende religieuse populaire, où l'aumône faite au pauvre déguisé décide du sort éternel des personnages.

Mots notables

ProvençalFrançais
oumoinoaumône
briguetosmiettes de pain
coulerocolère
escoundounen cachette
chamibrier'chambrière, servante
benhuratbienheureux

Source : Damase Arbaud, Chants populaires de la Provence, 1862, chanson n° 13. Domaine public. Numérisation : https://archive.org/details/chantspopulaire00arbagoog. Transcription et mise en forme par Lingua Nostra.