Chanson n° 29 du recueil Chants populaires de la Provence de Damase Arbaud (1814-1876), publié en 1862. Domaine public. Le texte est donné dans la graphie d'Arbaud, antérieure à la normalisation félibréenne : elle est reproduite telle quelle, sans correction.
Texte
Provençal
Eici n'en ven tres aucolets,
Sur un brancoun d'ooulivo,
Vola!
Sur ün Bräncoun d'ooulito:
N'y a dous que cantoun lou plesir
Et l'autre les saludo. . . ..
Aqueou que les saludo tous
Lou fau pourt' à ma mio. . . ..
— Ah ! tenetz, mi', un aucelet,
Metteiz-lou 'n gabiolo. . . ..
Fasetz-ly lou restar sept ans,
Senso mangear ni bouaro. . . ..
Quand les sept ans n'en sount passats,
Lou roussignou s'envouelo. . . ..
La damo li courr' à l'apres
Coum' uno fremo fouelo. . . ..
— Arrest', arreslo, roussignou,
Retouern' en gabiolo. . . ..
Te farai mangear de pan blanc,
Te darai de moun bouaro. . . ..
— N'en vouere gis de toun pan blanc,
Et ni mai de toun bouaro. . . ..
Jou mangearai d'herbo de camp
De la pas caussigado. . . ..
lou beurai d'aiguo doou roucas
De la pas trebourado. . . ..
Jou cantarai à moun plesir
Coumo mes camärados. . . ..
Ame mai estr' auceou de camp
Qu'auceou de gabiolo,
Vola !
Qu'auceou de gabiolo.
Français
Ici en viennent trois petits oiseaux,
Sur une branche d'olivier,
Vole!
Sur une branche d'olivier:
Il y en a deux qui chantent le plaisir
Et l'autre les salue. . . ..
Celui qui les salue tous
Il faut le porter à ma mie. . . ..
— Ah ! tenez, ma mie, un oisillon,
Mettez-le en cage. . . ..
Faites-le rester sept ans,
Sans manger ni boire. . . ..
Quand les sept ans sont passés,
Le rossignol s'envole. . . ..
La dame court après lui
Comme une femme folle. . . ..
— Arrête, arrête, rossignol,
Retourne en cage. . . ..
Je te ferai manger du pain blanc,
Je te donnerai de mon vin. . . ..
— Je n'en veux point de ton pain blanc,
Ni non plus de ton vin. . . ..
Je mangerai de l'herbe des champs
Qui n'est pas foulée. . . ..
Je boirai de l'eau du rocher
Qui n'est pas troublée. . . ..
Je chanterai à mon plaisir
Comme mes camarades. . . ..
J'aime mieux être oiseau des champs
Qu'oiseau de cage,
Vole !
Qu'oiseau de cage.
Écouter
Notice
Cette chanson use de l'allégorie de l'oiseau mis en cage par une dame amoureuse pour évoquer la liberté perdue et reconquise. Après sept ans de captivité, le rossignol s'envole et refuse tout ce que la dame lui offre pour le faire revenir, préférant l'herbe et l'eau libres à la cage dorée. Arbaud rapporte que le cri "vola" était celui des fauconniers provençaux au moment de lâcher l'oiseau et que le dernier couplet est passé en proverbe.
Source : Damase Arbaud, Chants populaires de la Provence, 1862,
chanson n° 29. Domaine public. Numérisation :
https://archive.org/details/chantspopulaire00arbagoog. Transcription et mise en forme par Lingua Nostra.