Chanson n° 36 du recueil Chants populaires de la Provence de Damase Arbaud (1814-1876), publié en 1862. Domaine public. Le texte est donné dans la graphie d'Arbaud, antérieure à la normalisation félibréenne : elle est reproduite telle quelle, sans correction.
Texte
Provençal
Jugam à la targo
Bravis martegaus,
Se toumbam dins l'aiguo
Si farem pas mau.
Es sus la tinthino. .
Qu'un marin adrech,
Coumo la poulend
Deou se tenir dreth.
Per plairé ei filhetos
Quand anatz targar,
Fau de pampalhetos
Ben estr" habitlat.
Se l'y a d'amoulaire
Que vougoun mountar,
Lis aurem, pecarie,
Ben leou debausssats.
Quand es d'attaraires (")
Que toumboun soulets,
Ei daim de targaires
Doou bon rei Rene ;
Car poudent va dire
Quand lis vis toumbar
Manquo pas de rire
Li vesent soutar.
Mai lis traus dins l'aiguo
Si counnouissoun pas:
Si bagnoun lis brayos,
Lis faran secar.
Quand la targ' es lesto
Si faut desfrairar.
Per gagnar la peço
Fau tout debarcar.
Français
Jouons à la targue
Braves Martégaux,
Si nous tombons dans l'eau
Nous ne nous ferons pas de mal.
C'est sur la tintaine
Qu'un marin adroit,
Comme la balance,
Doit se tenir droit.
Pour plaire aux fillettes
Quand vous allez jouter,
Il faut des rubans,
Être bien habillé.
S'il y a des rivaux
Qui veulent monter,
Nous les aurons, pardi,
Bien vite débarqués.
Quand ce sont des jouteurs
Qui tombent tout seuls,
C'est le lot des jouteurs
Du bon roi René ;
Car on peut bien le dire
Quand on les voit tomber
On ne manque pas de rire
En les voyant sauter.
Mais les trous dans l'eau
Ne se reconnaissent pas :
On se mouille les braies,
On les fera sécher.
Quand la targue est prête
Il faut s'affronter.
Pour gagner le prix
Il faut tout débarquer.
Écouter
Notice
Chanson de fête liée à la targa, joute nautique traditionnelle des ports provençaux où deux jouteurs armés d'une lance s'affrontent debout sur une plateforme fixée à l'arrière d'une barque, l'objectif étant de faire tomber l'adversaire à l'eau. Le texte s'adresse aux Martégaux, habitants de Martigues, et évoque les jouteurs du roi René, souverain associé dans la mémoire provençale à la protection des traditions populaires. Arbaud indique que cette pièce lui a été communiquée par M. Martini.
Source : Damase Arbaud, Chants populaires de la Provence, 1862,
chanson n° 36. Domaine public. Numérisation :
https://archive.org/details/chantspopulaire00arbagoog. Transcription et mise en forme par Lingua Nostra.