Chanson n° 31 du recueil Chants populaires de la Provence de Damase Arbaud (1814-1876), publié en 1862. Domaine public. Le texte est donné dans la graphie d'Arbaud, antérieure à la normalisation félibréenne : elle est reproduite telle quelle, sans correction.
Texte
Provençal
La filho d'un tannur /bis)
Soun pero la marido,
L'a maridado cent legos luench d'eici,
La novi vergougnouso,
Se sabie pas vestir. (bts)
L'arrapo par la man
La men'à la marchando,
Sur tant d'endienos que li ant passat davant,
La novi vergougnouso
À choousit qu'un riban.
L'arrapo par la man
La mieno à l'orfevro,
Sur tant de chainos que li ant passat davant,
La novi vergougnouso
A choousit qu'un diamant. ('')
L'arrapo par la man
La meno à la messo,
Li dis : Marianno, doublem un pau lou pas,
La messo sera dicho
Nous maridaran pas.
L'arrapo par la man
La meno à la lauro,
Sur tant de sauços que li ant passat davant,
La novi vergougnouso
À mangeat que de pan.
L'arrapo par la man
La meno à la danso,
Au temps des dansos qu'ant toucat les viourouns,
La novi vergougnouso
À rest' à-n-un cantoun. (|*)
L'arrapo par la man (bis)
La meno à la chambro,
La deshabilho, la mette sur lou liech. . . . .
Quand l'agut descaussado
Li a garçat doou soulier. (bts)
Français
La fille d'un tanneur (bis)
Son père la marie,
Il l'a mariée cent lieues loin d'ici,
La mariée honteuse,
Ne savait pas s'habiller. (bis)
Il l'attrape par la main
La mène à la marchande,
Sur tant d'indiennes qu'on lui a fait passer devant,
La mariée honteuse
N'a choisi qu'un ruban.
Il l'attrape par la main
La mène à l'orfèvre,
Sur tant de chaînes qu'on lui a fait passer devant,
La mariée honteuse
N'a choisi qu'un diamant.
Il l'attrape par la main
La mène à la messe,
Il lui dit : Marianne, presse un peu le pas,
La messe sera dite
On ne nous mariera pas.
Il l'attrape par la main
La mène au repas de noces,
Sur tant de sauces qu'on lui a fait passer devant,
La mariée honteuse
N'a mangé que du pain.
Il l'attrape par la main
La mène à la danse,
Au moment des danses où les violons ont joué,
La mariée honteuse
Est restée dans un coin.
Il l'attrape par la main (bis)
La mène à la chambre,
La déshabille, la met sur le lit...
Quand il l'eut déchaussée
Il lui a jeté le soulier.
Écouter
Notice
Chanson de noces relatant les rites d'une mariée trop timide, incapable de choisir ses cadeaux ou de s'habiller seule ; elle est menée de main en main par son mari à travers les étapes de la noce, des achats à la messe, du repas à la danse, puis à la chambre nuptiale. Arbaud note en bas de page que le diamant du couplet était en réalité un faux grenat porté par les paysannes les plus simples, tandis que la chaîne d'or revenait aux filles des riches ménagers.
Mots notables
Provençal
Français
tannur
tanneur
vergougnouso
honteuse, timide
endienos
indiennes, étoffes imprimées
orfevro
orfèvre
viourouns
violons
descaussado
déchaussée
Source : Damase Arbaud, Chants populaires de la Provence, 1862,
chanson n° 31. Domaine public. Numérisation :
https://archive.org/details/chantspopulaire00arbagoog. Transcription et mise en forme par Lingua Nostra.