Chanson provençale

LA NOURRIÇO DOOU REI

La nourrice du roi

Chanson n° 19 Damase Arbaud, 1862

Chanson n° 19 du recueil Chants populaires de la Provence de Damase Arbaud (1814-1876), publié en 1862. Domaine public. Le texte est donné dans la graphie d'Arbaud, antérieure à la normalisation félibréenne : elle est reproduite telle quelle, sans correction.

Texte

Provençal
Lou rei a ’no nourriço Plus belo que lou jour, Lou rei a ’no nourrico, Loun lan fa de la lireto, Plus belo que lou jour, Liroun lan fa de la lira. Elo s'es endourmido Lou Dauphin au coustat, Mai quand s’es revelhado, L'’a trouvat estouffat. N'en pren sa courbelheto Les pedas vai lavar. Lou rei qu'es en fenestro La regardo passar : — Et ounte vas, nourriço, Que Dauphin plourara ? —N'aguetzpas poou,mounmesire, , Jou l'ai ben malhoutat. — Entouerno-te, nourrico, Servanto l’y anara. La nourriço s’entouerno : Plourant et souspirant. — Mai que n'as-tu, nourrice, Que sies tant estounad’ ? — Pardoun, pardoun, beou sire, Vous l'auge pa” avonar. — Ah ! digo tout, nourrico, Te sera pardounat. — Jou me siou endourmido Lou Dauphin an coustat, Quand me siou revelhado L’ai trouvat estouffat. Au bout de tres quart d’houros La mandoun pendourar. Quand es sur la poutenci Dauphin s’es revelhat : — N'en pendetz pas ma maire Que l’a pas meritat ; _Pendetz n'en la servanto Que m'avie 'mpouisounat, Pendelz n’en la servanto, Loun lan fa de la lireto, Que m'avie ‘mpouisounat, Liroun:lan fa de la lira.
Français
Le roi a une nourrice Plus belle que le jour, Le roi a une nourrice, Refrain de vocables, sans traduction lexicale. Plus belle que le jour, Refrain de vocables, sans traduction lexicale. Elle s'est endormie Le Dauphin à son côté, Mais quand elle s'est réveillée, Elle l'a trouvé étouffé. Elle prend sa corbeille Va laver les langes. Le roi qui est à la fenêtre La regarde passer : Et où vas-tu, nourrice, Que le Dauphin pleurera ? N'ayez pas peur, mon seigneur, Je l'ai bien emmailloté. Retourne-toi, nourrice, La servante y ira. La nourrice s'en retourne Pleurant et soupirant. Mais qu'as-tu donc, nourrice, Que tu es si étonnée ? Pardon, pardon, beau sire, Je n'ose vous l'avouer. Ah ! dis tout, nourrice, Tu seras pardonnée. Je me suis endormie Le Dauphin à mon côté, Quand je me suis réveillée Je l'ai trouvé étouffé. Au bout de trois quarts d'heure On l'envoie pendre. Quand elle est sur la potence Le Dauphin s'est réveillé : N'en pendez pas ma mère Qui ne l'a pas mérité ; Pendez-en la servante Qui m'avait empoisonné, Pendez-en la servante, Refrain de vocables, sans traduction lexicale. Qui m'avait empoisonné, Refrain de vocables, sans traduction lexicale.

Écouter

Notice

Cette complainte met en scène la nourrice du roi, qui s'endort auprès du Dauphin confié à sa garde et le retrouve étouffé à son réveil. Interrogée par le roi, elle avoue la vérité et se voit conduite à la potence. Au moment de l'exécution, le Dauphin se réveille, réclame la grâce de celle qu'il appelle sa mère et désigne la servante comme la véritable empoisonneuse. Le récit est scandé par un refrain de vocables sans signification lexicale, caractéristique du chant traditionnel. Le texte porte plusieurs appels de note dans l'édition d'Arbaud, dont le contenu ne figure pas dans la source océrisée disponible ici.

Mots notables

ProvençalFrançais
nourriçonourrice
poutencipotence
courbelhetopetite corbeille, panier
estouffatétouffé
malhoutatemmailloté
liretovocable de refrain, sans sens lexical

Source : Damase Arbaud, Chants populaires de la Provence, 1862, chanson n° 19. Domaine public. Numérisation : https://archive.org/details/chantspopulaire00arbagoog. Transcription et mise en forme par Lingua Nostra.