Chanson provençale

La Coupo Santo

La Coupe Sainte

Chanson n° 1 Frédéric Mistral, 1867

Chanson n° 1 du recueil Lis Isclo d'Or de Frédéric Mistral (dates inconnues), publié en 1867. Frédéric Mistral mort en 1914 ; domaine public depuis 1985 (70 ans après sa mort). Publication en 1876, il y a plus d'un siècle et demi. Fait de l'origine de la coupe vérifié le 22 août 2026 sur le site du Félibrige, felibrige.org/la-coupo/histoire-de-la-coupe. Graphie de la source : mistralienne, reproduite telle quelle.

Texte

Provençal
Prouvençau, veici la coupo Que nous vèn di Catalan : À-de-rèng beguen en troupo Lou vin pur de noste plant ! Coupo santo E versanto, Vuejo à plen bord, Vuejo abord Lis estrambord E l'enavans di fort ! D'un vièi pople fièr e libre Sian bessai la finicioun ; E, se toumbon li Felibre, Toumbara nosto nacioun. Coupo santo E versanto, Vuejo à plen bord, Vuejo abord Lis estrambord E l'enavans di fort ! D'uno raço que regreio Sian bessai li proumié gréu ; Sian bessai de la patrìo Li cepoun emai li priéu. Coupo santo E versanto, Vuejo à plen bord, Vuejo abord Lis estrambord E l'enavans di fort ! Vuejo-nous lis esperanço E li raive dóu jouvènt, Dóu passat la remembranço E la fe dins l'an que vèn. Coupo santo E versanto, Vuejo à plen bord, Vuejo abord Lis estrambord E l'enavans di fort ! Vuejo-nous la couneissènço Dóu Verai emai dóu Bèu, E lis àuti jouïssènço Que se trufon dóu toumbèu. Coupo santo E versanto, Vuejo à plen bord, Vuejo abord Lis estrambord E l'enavans di fort ! Vuejo-nous la Pouësìo Pèr canta tout ço que viéu, Car es elo l'ambrousìo Que tremudo l'ome en diéu. Coupo santo E versanto, Vuejo à plen bord, Vuejo abord Lis estrambord E l'enavans di fort ! Pèr la glòri dóu terraire Vautre enfin que sias counsènt, Catalan, de liuen, o fraire, Coumunien tóutis ensèn ! Coupo santo E versanto, Vuejo à plen bord, Vuejo abord Lis estrambord E l'enavans di fort !
Français
Provençaux, voici la coupe Qui nous vient des Catalans : Tour à tour buvons en troupe Le vin pur de notre cru ! Coupe sainte Et débordante, Verse à pleins bords, Verse encore Les enthousiasmes Et l'énergie des forts ! D'un vieux peuple fier et libre Nous sommes peut-être la fin ; Et, si tombent les Félibres, Tombera notre nation. Coupe sainte Et débordante, Verse à pleins bords, Verse encore Les enthousiasmes Et l'énergie des forts ! D'une race qui reverdit Nous sommes peut-être les premiers rejets ; Nous sommes peut-être de la patrie Les piliers ainsi que les chefs. Coupe sainte Et débordante, Verse à pleins bords, Verse encore Les enthousiasmes Et l'énergie des forts ! Verse-nous les espérances Et les rêves de la jeunesse, Du passé le souvenir Et la foi dans l'an qui vient. Coupe sainte Et débordante, Verse à pleins bords, Verse encore Les enthousiasmes Et l'énergie des forts ! Verse-nous la connaissance Du Vrai ainsi que du Beau, Et les hautes jouissances Qui se moquent du tombeau. Coupe sainte Et débordante, Verse à pleins bords, Verse encore Les enthousiasmes Et l'énergie des forts ! Verse-nous la Poésie Pour chanter tout ce qui vit, Car elle est l'ambroisie Qui transforme l'homme en dieu. Coupe sainte Et débordante, Verse à pleins bords, Verse encore Les enthousiasmes Et l'énergie des forts ! Pour la gloire du terroir Vous enfin qui êtes consentants, Catalans, de loin, ô frères, Communions tous ensemble ! Coupe sainte Et débordante, Verse à pleins bords, Verse encore Les enthousiasmes Et l'énergie des forts !

Écouter

Notice

La Coupo Santo est l'hymne de la Provence. Le 30 juillet 1867, à Avignon, les Catalans offrent aux félibres une coupe d'argent pour les remercier de l'hospitalité que ceux-ci, le primadié Jean Brunet en tête, avaient accordée au poète et fédéraliste catalan Victor Balaguer, exilé quelque temps par la reine Isabelle II pour raisons politiques ; le présent scelle aussi l'amitié ancienne de la Catalogne et de la Provence. Frédéric Mistral écrit pour ce banquet la chanson de la coupe, sur l'air d'un nouvè du dix-septième siècle, « Guihaume, Tòni, Pèire », que la tradition attribue au frère Sérapion. Sept couplets, un refrain repris après chacun, et une dédicace au poète Félix Gras. Au-delà du Félibrige, qui la chante chaque année au banquet de la Santo Estello, elle est devenue le chant du peuple provençal tout entier : on l'entonne dans les réunions de famille, aux mariages et aux enterrements, dans les fêtes votives et les festivals, et depuis le milieu des années 2000 au stade Mayol avant les matchs à domicile du Rugby Club Toulonnais, debout, la foule reprenant le refrain. Avec la langue elle-même, elle est le symbole le plus fort et le plus vivant de l'identité provençale.

Mots notables

ProvençalFrançais
coupocoupe
santosainte
felibrefélibre, poète membre du Félibrige
estrambordenthousiasme, élan
naciounnation
pouësìopoésie

Source : Frédéric Mistral, Lis Isclo d'Or, 1867, chanson n° 1. Domaine public. Numérisation : https://fr.wikisource.org/wiki/Lis_Isclo_d%E2%80%99Or/La_Coupo. Transcription et mise en forme par Lingua Nostra.